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 Transfiguration et "Vie intérieure"

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jean-baptiste



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MessageSujet: Transfiguration et "Vie intérieure"   Dim 23 Nov - 15:21

Une petite question concernant la Transfiguration et la vie spirituelle
je crois que les orientaux ont une grande dévotion pour le mystère de la Transfiguration, Jean nous cite un texte de Saint Grégoire de Palamas qui en parle

http://www.amorvincit.com/transfigurationpalamas.htm

Je crois que pour eux, la croissance de la vie spirituelle aboutit à la vision (sur Terre) de la Lumière incréée, qui est la même que celle de la Transfiguration (cf entretien entre Saint Seraphim et Motolilov)
(le miracle ici se produit chez les disciples qui voient la lumière)

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Seraphim/manifest.html

Je voudrais savoir comment se placer par rapport à cette conception en tant qu'occidentaux, parce que Saint Thomas par exemple ne voit pas du tout la transfiguration de la même manière (III pars question 45)
(le miracle se produit chez le Christ qui montre sa lumière)

et aussi savoir comment se mystère peut illuminer notre vie intérieure.
je laisse la parole à ceux qui seront plus inspirés que moi.

En Marie

Jean-Baptiste
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Jean
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Lun 24 Nov - 19:26

jean-baptiste a écrit:
Une petite question concernant la Transfiguration et la vie spirituelle:
je crois que les orientaux ont une grande dévotion pour le mystère de la Transfiguration, [...] Je crois que pour eux, la croissance de la vie spirituelle aboutit à la vision (sur Terre) de la Lumière incréée, qui est la même que celle de la Transfiguration [...] Je voudrais savoir comment se placer par rapport à cette conception en tant qu'occidentaux, parce que Saint Thomas par exemple ne voit pas du tout la transfiguration de la même manière (III pars question 45) (le miracle se produit chez le Christ qui montre sa lumière) et aussi savoir comment se mystère peut illuminer notre vie intérieure.

1- Prémices méthodologiques

D'abord et avant tout, ce n'est pas une "petite question" cher Jean Baptiste, c'est une grande question, une question immense et centrale. Et justement, vu qu'elle est si immense et centrale, il faut l'aborder, et lui donner tout notre temps. Tout chrétien qui accorde du temps et de l'énergie à cette question, en recevra 100 fois plus de bénéfices, de grâces et de bonheur.
D'abord une question méthodologique: on risque parfois, en tant que chrétiens, que l'on soit d'orient ou d'occident, d'opposer nos points de vues théologiques. Or, Jean Paul II nous a rappelé une parole très sage, qui est plus une méthodologie qu'autre chose: il faut apprendre à respirer des deux poumons (Cfr. "Redemptoris Mater" § 34, "Ut Unum sint" § 54, etc.) de la Tradition de l'Eglise. Il faut dire que JP II est allé très loin dans cette attitude dans certains de ses textes. Souvenons-nous de sa très belle et profonde Lettre: "Orientale lumen":
http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/apost_letters/documents/hf_jp-ii_apl_02051995_orientale-lumen_fr.html
(et aussi de "Ut unum sint": http://www.vatican.va/edocs/FRA0080/_INDEX.HTM etc..)

Revenons: "respirer des deux poumons" est d'abord une attitude du travail théologique, en Eglise. On n'a jamais envisagé dans l'Eglise (saint Thomas inclus) un travail "séparatiste". Les Pères Grecs et les Pères Latin ont la même place et le même honneur! Ceci n'empêche pas les peuples "latins" d'être plus latins que les peuples "Grecs", et ces derniers plus grecs que les autres (idem pour les autres: syriaques, arméniens, coptes etc.). La théologie est une, mais elle est perçue et vécue différemment (mais non en opposition) selon les régions. La foi est la même partout, mais certaines terres perçoivent des choses plus que d'autres! L'occident est plus sensible au Fils, à la Croix, à la Passion, l'orient est plus sensible à l'Esprit Saint, à la Lumière, à la Résurrection. Est-ce que cela veut dire que l'un a raison et l'autre tort? Est-ce que l'un ne perçoit que la Lumière? Ou que la Passion? Bien sûr que non! Quand l'un signale un aspect, il ne veut pas nier ce qu'il tait. Prenons un exemple en dehors de ces questions orient/occident, prenons un exemple occident/occident: est-ce que le fait que saint Jean de la Croix ne parle presque jamais des sacrements soit une preuve qu'il ne croyait pas au sacrements, ou qu'il ne les pratiquait pas? Bien sûr que non! Idem pour les mystiques du Nord, le fait qu'ils abordent souvent certaines thématiques et pas d'autres, ne fait pas d'eux des hérétiques! Voilà donc pour la question de base de méthode: nous ne pouvons en aucun cas opposer occident et orient au niveau de la théologie, ou pire encore des rites. Ils ont tous la même dignité ecclésiale. Si on sait manier les différences dans l'unité, alors on part de bon pied pour bien aborder la question que tu abordes.

Une autre question méthodologique. La Parole de Dieu ne peut être emprisonnée par personne. Un même texte peut avoir différentes interprétations, toutes orthodoxes, et toutes légitimes! Attention de n'accorder qu'un seul sens au même passage! Ce n'est pas l'habitude des Pères, ni de la Tradition de l'Eglise! Donc, tout texte de l'Ecriture peut briller, comme un même diamant, de lumières différentes! Cette remarque est très importante. Ce serait appauvrir l'Ecriture de manière effrayante et hétérodoxe que de penser le contraire. Si les Commentaires de saint Thomas de l'Ecriture, ou les commentaires d'un Père de l'Eglise de l'Ecriture étaient les seuls et uniques, ce serait la fin du Christianisme! Il y a des règles d'interprétation et des conditions claires pour l'orthodoxie d'une interprétation. Si elles sont respectées, alors l'interprétation est bonne et peut être admise! L'Ecriture est riche et peut nourrir tout le monde et une même personne toute une vie.

Je ne crois pas que, dans sa lecture de la Transfiguration, saint Thomas s'oppose aux Pères Grecs. Je ne crois pas que la question se pose dans les termes "aut, aut" (c'est ou bien ceci ou bien cela). Elle se pose plutôt en des termes: "ceci et cela". Certes la liturgie latine du jour de la Transfiguration a adopté une position occidentale objective (il a été transfiguré devant eux pour les préparer à pouvoir vivre et supporter la Passion). Il est tout aussi vrai que la liturgie Byzantine a elle, par contre, adopté la version Grecque de la lecture du passage (ce sont les apôtres qui ont été rendus capables de le voir tel qu'il EST, de voir sa divinité). Nous ne sommes donc pas dans une ridicule dispute entre saint Thomas et saint Grégoire Palamas, mais devant une affaire bien plus grande qui touche des Eglises entières et leurs Liturgies et Rites! C'est pour cela qu'il vaut mieux être sage et savoir qu'il est possible d'être différents dans les expressions et "un" dans la foi! Sinon, à mon sens ça serait très dangereux (pour tous)!

Dans la question précise qui nous occupe, je proposerais une partie de solution (qui n'engage que moi, mais que je peux démontrer): ce sont, dans ce cas précis, des différences de profondeurs dans l'interprétation. Le programme de saint Thomas est d'asseoir l'objectivité du donné révélé. La perception occidentale est, en général, plus sensible à l'objectivité extérieure des faits. De plus, dans sa Somme Théologique, saint Thomas s'adresse aux Débutants en Théologie, aux Commençants dans le chemin spirituel (cfr. ST Prima Pars, Introduction):

"Le docteur de la vérité catholique doit non seulement enseigner les plus avancés, mais aussi instruire les commençants, selon ces mots de l'Apôtre ( 1Co 3,1-2 ) : «Comme à de petits enfants dans le Christ, c'est du lait que je vous ai donné à boire, non de la nourriture solide. » Notre intention est donc, dans cet ouvrage, d'exposer ce qui concerne la religion chrétienne de la façon la plus convenable à la formation des débutants.
Nous avons observé en effet que, dans l'emploi des écrits des différents auteurs, les novices en cette matière sont fort empêchés, soit par la multiplication des questions inutiles, des articles et des preuves ; soit parce que ce qu'il leur convient d'apprendre n'est pas traité selon l'ordre même de la discipline, mais selon que le requiert l'explication des livres, ou l'occasion des disputes ; soit enfin que la répétition fréquente des mêmes choses engendre dans l'esprit des auditeurs lassitude et confusion.
Désirant éviter ces inconvénients et d'autres semblables, nous tenterons, confiants dans le pouvoir divin, de présenter la doctrine sacrée brièvement et clairement, autant que la matière le permettra."


Ne le jugeons donc pas sous une autre lumière, cela serait injuste. Prenons ce qu'il nous donne, comme il entend lui-même nous le donner.
Par contre, la question des Grecs, à mon sens, touche une profondeur nouvelle. Elle aborde la question sous l'angle du progrès de la vie spirituelle et découvre ainsi une dimension nouvelle du même texte! L'orient est plus sensible à une autre objectivité, celle de la vie spirituelle intérieure. Elle n'est pas moins objective l'œuvre que le Christ accomplit en nous, que celle qu'il accomplit au dehors! Ce point est fondamental! Nos yeux hélas sont déformés et dès qu'il s'agit de quelque chose d'intérieur, nous la taxons de "subjectivisme"! Or, il serait plus juste de distinguer deux sens à "subjectif":
1- subjectif déformant
2- subjectif formant et informant.

Toute notre vie chrétienne a lieu dans le sujet humain, dans le corps, dans l'âme et dans l'esprit! Nier la subjectivité c'est nier la possibilité de l'existence d'une vie spirituelle tout-court! Car elle ne peut exister qu'en nous! Sinon, elle est dans un état de Don, certes réel et objectif, mais suspendu dans l'air! Donc ce qui est subjectif n'est de soi ni bon ni mauvais, il est tout simplement "dans le sujet"! et heureusement! Mais la perception, l'expérience que l'on peut avoir peut être tout à fait "bonne", "objectivement bonne" dans le sujet, donc "subjectivement bonne", positive et constructive! L'attention donnée par la Grâce au sujet humain est fondamentale, c'est l'attention même que le Christ avait: il est venu pour nous, "pour notre salut" (dit le Credo), pour nous transformer! Si nous ne croyons pas en la Divinisation de l'être humain (sanctification), alors le Christ a perdu!

Certes la perception Grecque des choses est plus dans l'air du temps occidental d'aujourd'hui et séduit beaucoup. Toutes les personnes à qui j'ai présenté la Théologie des Pères Grecs de la Transfiguration ont été émerveillés! Bien sûr! Elle propose un chemin de croissance, elle se concentre sur l'essentiel: l'œuvre du Christ dans les Apôtres, la Transformation qu'il opère en eux, et qui les rend capables de le Voir tel qu'il EST! Ça colle parfaitement avec l'Ecriture et le donné Révélé! Rien à dire. Mais on sent que cet angle de vision qu'ils nous proposent (et nous sommes invités à faire fonctionner le poumon droit, oriental) est "explosive", c'est à dire qu'elle est capable de nous nourrir pour le restant de notre vie, et ecclésialement pour des siècles en avant. Méfions-nous de penser en termes séparatistes: la position des Grecs est nôtre, comme Jean Chrysostome est nôtre, comme Jean Damascène l'est, comme Denys l'aréopagite, Origène et les Grégroires le sont! Il n'y a pas de propriétaires exclusifs de tel ou tel groupe de Pères de l'Eglise!! Un tel sectarisme ne serait pas "Catholique" (C'est à dire universel).

Si tu relis plus d'une fois et que tu digères ces quelques lignes qui précèdent, alors je pense que tu verras un peu plus clairement que la "paix" théologique entre occident chrétien et orient chrétien existe déjà et nous précède, car Celui qui a animé les uns et les autres était le même Esprit.

Je crois fermement que saint Jean de la Croix, par son approche objective de la vie spirituelle et de sa croissance, "réconcilie" les deux visions occidentale et orientale. Le cœur de l'approche de saint Jean de la Croix est bien sûr la question de la transformation de l'être humain: les Grecs l'appellent la "Divinisation" et les Occidentaux la "Sanctification". La vie chrétienne telle qu'elle est exprimée par saint Jean de la Croix, développe le projet de saint Thomas, qui lui s'adressait aux "Commençants", et la propose comme un chemin de croissance. Nous passons presque (je caricature, sans les opposer) d'une vision objective statique à une vision subjective (au sens positif du terme) dynamique! Saint Jean de la Croix est en parfaite harmonie philosophique et théologique avec saint Thomas – pour l'essentiel! On ne pourra jamais les opposer! Mais il a fait plus, il a développé cet aspect de la vie spirituelle: son développement.
Il a déterminé les phases de croissance, les césures, les passages, et a décrit ce qui se passe en nous comme transformation, et ce, jusqu'aux sommets de l'Union Transformante et la Mort chrétienne. Sous sa plume tout se transfigure. En ce sens, j'oserais dire que saint Jean de la Croix est le plus Grec ou le plus oriental des occidentaux! Toute son attention est accordée au sujet humain, à sa croissance, à l'objectivité de l'œuvre transformante du Christ en lui.
Il n'est pas le seul en occident à avoir opéré un tel développement théologique, mais on peut le considérer comme le "Prince des Mystiques" occidentaux.

(à suivre)
en Marie
Jean

PS "Respirer avec ses deux poumons": Lors du Synode sur l'Europe en 1999, le Cardinal Cristoph Schönborn, archevêque de Vienne, a repris cette image: "Le Saint Père a toujours parlé des deux poumons de l'Europe et de l'Église. […] La tradition de l'Église orientale a été une grande aide dans la grave crise de l'Église occidentale. L'occident chrétien a besoin de la contribution vitale de la théologie des pères de l'Église, du monachisme de l'Église orientale, de la solennité et de la beauté de sa liturgie et de ses icônes. […]" (Zenit 13 octobre 1999)


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jean-baptiste



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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mar 25 Nov - 4:01

Cher Jean,
si ce n'est que le premier point... que sera le second!
Merci beaucoup, pour ce développement, je le relis encore un peu, ça vaut le coup.
Continue dans la nuance et le tracto pelle que je suis va peut être reussir à cueillir quelques fleurs!
En Marie
JB
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Jean
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mar 25 Nov - 8:55

2- L'importance centrale de la Transfiguration

Cet événement – la Transfiguration – a lieu à un moment donné dans la vie du Christ et des apôtres surtout. Il en choisit trois et il les prend avec lui. Il va au sommet de la montagne et c’est là que des choses bien étranges se passent.
Pourquoi aborder cette question ? Tout simplement parce que c’est une question centrale de la foi chrétienne et de la vie spirituelle. L’église orientale a toujours considéré que tout le mystère de la prière est contenu dans le mystère de la Transfiguration.
La position de l’occident – par exemple celle de St. Thomas d’Aquin – aborde la question de la Transfiguration de manière objective, c’est à dire, il dira que le Christ a été réellement transfiguré, il est arrivé un changement objectif dans le Christ lui-même.
Tandis que chez les orientaux, par exemple les pères Grecs, le mystère de la Transfiguration est diffèrent, c’est le mystère de la transformation des Apôtres qui sont désormais rendus capables de voir quelque chose qui existait depuis le début chez le Christ: sa Divinité. Nous voyons donc la différence: chez les occidentaux c’est l’objet qui va être transfiguré tandis que chez les orientaux, c’est le sujet qui contemple le Christ qui va être transfiguré ou si tu veux, sa capacité de voir va se transformer. C’est pour cela que l’église orientale a l’audace de dire que "tout le mystère de la prière est contenu dans la Transfiguration", car le chemin de prière c’est le chemin de notre transformation jusqu’à être rendus capables de voir la Divinité.
Dans le récit même de la Transfiguration nous avons différentes étapes et, malheureusement, nous sommes souvent retenus par les étapes "extérieures" oubliant ainsi la véritable Transfiguration. Les vêtements et le visage qui changent nous attirent! Mais en quoi cela nous avance de voir que le visage du Christ ainsi que ses vêtements sont devenus lumineux ? Ils ne sont pas le cœur de la Transfiguration, ils en sont comme l’écorce extérieure, par contre la substance est l’esprit de l'être humain qui s'uni à la Divinité. Si nous voyons le corps du Christ transfiguré cela est bien, si nous voyons son âme c’est encore mieux, mais si nous voyons sa Divinité c’est bien plus intéressant! Il ne nous faut pas échanger la table substantielle de la Divinité pour les miettes des lumière créées.
Donc, quelle lumière les Apôtres ont-ils vue et quelle lumière par conséquent sommes-nous appelés à voir?
Ce n’est ni un vêtement ni un visage – même s’ils sont éclairés par la lumière de Dieu – qu'ils voient! Ils contemplent la Lumière Incréée, c’est St. Grégoire de Palamas qui précisera cela (tu signales son homélie). Donc c’est la lumière de la Nuée et de la Parole du Père qui est le centre de l'événement.
En fait qu’est-ce qui se passe ? Cette Lumière a toujours existé, Jésus est Dieu depuis le début de l’Incarnation et sa chair, sa nature humaine, est "transfigurée" ("Assomptionnée", dira saint Thomas d'Aquin, dans la Personne du Verbe) dès le premier instant de son Incarnation, mais les Apôtres ne pouvaient pas voir cela, ni voir sa Divinité à travers sa chair. La Vierge Marie elle le voit parce qu’elle a le cœur pur ("Heureux les cœurs purs car il verront Dieu" (Mt 5,8 )); pour elle il est transfiguré dès le début.
La Transfiguration nous dit la vocation chrétienne: voir Dieu (quand nous mourrons se sera trop tard). Dans le Rite byzantin, après la Communion, on chante toujours: « nous avons vu la véritable Lumière». Quand tu communies tu n'as pas des apparitions, tu as mieux que cela.
C'est parce que la Transfiguration est si centrale, qu'elle porte en elle tout le mystère de la Prière, tout le mystère de la Lumière Incréée qu'elle constitue la première étape dans la Mission ecclésiale d'Iconographe. Quand un iconographe commence sa mission d'écrire* des icônes, il s'attèle à la Première Icône, ou plus exactement à l'Icône Première: la Transfiguration. Elle est l'Icône de la manifestation de la Lumière Incréée. Or tout son travail d'iconographe a trait à la Lumière. En toute icône il laissera filtrer la Lumière de Celui qui est la Lumière éternelle, par gradation, afin de la laisser se refléter sur le fidèle qui contemple l'icône.
Il va donc, dès le début de sa vocation, droit au but, et contemple la Lumière. Il lui faut lui-même d'abord monter, à l'écart, sur la haute montagne de la contemplation pure, afin d'être rendu capable de voir Dieu. Il lui faut probablement des années de silence où il finira par entendre, dans un cœur pur, le Père prononcer son Fils en lui. C'est à partir de ce moment-là que la Lumière l'aura habilité à la voir et ainsi à l'exprimer par une Icône! Ce qu'il peut désormais contempler, il reçoit la grâce de l'exprimer. Une fois ayant réussit à écrire cette Icône, il pourra alors passer aux autres Icônes et autres aspects du mystère de Dieu. Car c'est à la lumière du Thabor qu'il pourra les écrire.
Deux éléments donc à retenir qui montrent la place centrale du mystère de la Transfiguration:
1- la Transfiguration renferme en elle tout le mystère de la vie de prière, tout le mystère de la vie spirituelle, et
2- elle est la première icône sur laquelle s'exerce l'iconographe.

* On ne dit pas "peindre" une Icône, mais "écrire" une icône car en fait l'Icône est un langage théologique, une manière théologique d'exprimer le mystère contempler. Chaque "élément" de l'Icône est comme une phrase, une expression d'un aspect du mystère!


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jean-baptiste



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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mar 25 Nov - 10:23

Très bien,
c'est de mieux en mieux!
Merci beaucoup, ce complèment me montre en preuve que Saint Thomas n'exclue pas Saint Grégoire de Palamas (dans les profondeurs pour le moins)!
C'est très puissant!
Bon je relis encore cela
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Jean
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mar 25 Nov - 18:24

3- Qui a été transfiguré, le Christ ou les apôtres?

[Les citations des Pères qui suivent sont prises de Georges Habra, "La Transfiguration selon les Pères Grecs", Paris, 1974, pp. 44-48. Ouvrage passionnant.]

Ci-dessous tu peux trouver des passages tirés des Pères grecs. Pour mieux tirer profit d'une telle lecture (même si ce ne sont que des extraits) j'aimerais l'introduire. L'époque des Pères de l'Eglise s'étend d'une certaine manière du second siècle au sixième septième siècle. Etre face à un Père de l'Eglise, c'est déjà être face à un élément important de la Tradition. Comme je disais plus haut, tous les Rites, tous les Pères sont d'égale dignité, car ils sont pour nous des Témoins, suscités par l'Esprit et Instruments de l'Esprit pour nous montrer comment "lire l'Ecriture dans l'Esprit". c'est une de leurs fonctions primordiale et qui nous reste accessible par leurs écrits. D'abord et avant tout, quand nous lisons les Pères, ce qui nous intéresse est d'apprendre d'eux non pas une somme infinie de contenus (la sommes des perles/trouvailles inspirées qui se trouvent dans leurs écrits) – même s'il est nécessaire d'en prendre connaissance et d'en avoir un minimum d'expérience – mais surtout apprendre d'eux leur manière de lire l'Ecriture dans l'Esprit! Quand nous nous approchons d'eux, nous notons qu'ils voient dans l'Ecriture des aspects, des virtualités que nous ne voyons pas! Ceci nous intrigue et nous bouleverse même! "Comment se fait-il qu'ils voient des choses que nous ne voyons pas?! Le texte est pourtant le même pour tous!" C'est cette expérience de l'Esprit chez eux qui nous attire, cette "ouverture" que l'Esprit réalise dans leur cœur et dans l'intelligence comme pour les disciples d'Emmaüs et les Apôtres dans Luc 24 (à lire).
Dans les extraits que nous trouverons ci-dessous, nous noterons une convergence de vues. Il fallait d'abord la noter, la "voir", et nous sommes reconnaissants au P Habra de l'avoir fait (c'était son mémoire de Maîtrise si je ne me trompe pas). Mais cette convergence est plutôt régionale (les "grecs" comme on dit). Et ceci constitue donc une richesse régionale, mais qui devrait appartenir à tous! Eux ont vu certaines choses, mais ils ont vu "pour le monde entier". (N'oublions pas que le gros de la mystique chrétienne provient de l'orient chrétien: Origène, Grégoire de Nysse, Denys l'Aréopagite etc…) Cette zone du monde, cette terre a pu percevoir une virtualité, et c'est ce qui nous intéresse! C'est comme quand nous plantons la même semence dans des terres et des climats différents, cela donne des résultats différents, et même parfois ça ne donne aucun résultat! De même pour la Semence de l'Evangile! Elle est "une", mais elle brille différemment selon la terre qui la reçoit. Pour conclure: cette unanimité de vues devrait attirer notre attention au plus haut point. Le chapitre suivant (le n°4) signalera l'apport de la liturgie qui viendra corroborer ce que déjà les Pères disent dans celui-ci. Ce sera, si tu veux, le sceau final donné à cette perception théologique de la Transfiguration, qui est bien plus qu'une simple exégèse, elle charrie avec elle une bonne partie de la vie de l'Eglise: la vie spirituelle, la vie de prière, les Icônes, la théologie, la mystique, tout un programme de vie, toute une perception de la vie chrétienne comme chemin de croissance et de divinisation. Voyons donc cela de plus près.

Les Pères grecs disent que ce n'est pas le Christ qui est transfiguré mais les Apôtres qui sont rendus capables de voir ce qu'ils ne voyaient pas: la divinité du Christ! Voici une ébauche, les lignes générales, sur lesquelles les Pères s'entendent à l'unanimité.

I. Aucune transfiguration n'a eu lieu dans le Christ Lui-même, pour la simple raison que la «chair» du Christ a toujours été transfigurée. On ne trouvera aucune difficulté à admettre cette vérité fondamentale, si l'on croit à l'Incarnation du Logos, c'est-à-dire à son union à la «chair» sans confusion ni séparation, avec tout ce que cette union réelle et qui n'a rien d'un simulacre implique d'interpénétration des propriétés des deux natures, divine et humaine. En effet on ne réfléchit pas assez sur cette implication, et souvent tout en l'admettant abstraitement, on en parle d'une manière qui trahit un nestorianisme inconscient, c'est-à-dire comme s'il n'y eût pas d'union réelle. C'est ce qui explique l'ébahissement de beaucoup de ceux à qui l'on dit que la chair du Christ a été transfigurée dès le premier moment de l'Incarnation. Or, il est clair qu'une union réelle, physique, entre deux natures aura nécessairement pour effet une certaine participation de chaque nature aux propriétés de l'autre, chacune cependant préservant ses propriétés, du moment que c'est d'une « union» qu'il s'agit, et non d'un amalgame ou d'une absorption d'une nature par l'autre.
Voyons donc un peu ce qui s'est passé: du côté de la divinité, il y eut participation à l'humilité de la chair par l'éclipse temporaire, si j'ose ainsi parler, de la gloire de la divinité. Reste à savoir œ qui s'est passé du côté de la chair.
Parlant du charbon ardent dont le séraphin purifia les lèvres d'Isaïe, St Basile dit: «Puisque donc le charbon ardent est du feu demeurant dans la matière plus grossière et plus terrestre (car après que le flamboiement de la flamme a passé, la communion du feu avec la matière crasse s'appelle charbon ardent), il signifie peut-être bien la venue de Dieu dans la chair, Car, dit-il, 'le Logos est devenu chair. Et la chair, recevant l'illumination de la divinité, est sensible selon le corporel, mais selon son union à Dieu est transparente et éclatante.»
Et St Grégoire de Nazianze: «II est appelé Christ à cause de la divinité, car elle est l'onction de son humanité, sanctifiant non par l'énergie comme elle le fait pour les autres christs, mais par la présence tout entière de Celui qui oint; et dont l'œuvre est que Celui qui oint s'entende dire homme, et celui qui est oint soit divinisé.»
Les divers effets de l'Incarnation, par elle-même et indépendamment de la Rédemption et de la Résurrection (la nécessité desquelles dans le dessein providentiel, n'est en aucune façon contestée par les Pères) sur la chair du Christ sont exprimés par eux, dans des endroits trop nombreux pour qu'il soit nécessaire de les citer, par les mots: «divinisation», «onction», «glorification», «illumination», «immortalisation», «enrichissement», «exaltation» etc. On ne s'étonnera donc pas, pour peu qu'on sache œ qu'est l'Incarnation, de voir plusieurs Pères déclarer explicitement, avec force, que la Transfiguration a eu lieu dès le premier instant de l'Incarnation.
Ainsi Origène nie avec insistance toute métamorphose dans le Logos, dans le texte même où il parle des "différentes formes du Logos", ce qui indique dans quel sens cette dernière expression doit être prise (à savoir le Logos a des formes différentes à cause de la différente capacité de chaque sujet): "Notre Dieu, quand Il s'est transfiguré montant sur une haute montagne, n'a pas comme le veulent Celse et ses semblables montré sa forme autre et de beaucoup supérieure à celle que voyaient ceux qui sont restés en bas et ne purent Le suivre jusqu'en haut. Car ceux d'en bas n'avaient pas des yeux capables de voir la Transfiguration du Logos en le glorieux et en ce qui est plus divin!"
Et André de Crète: "Lequel brilla sur la montagne d'une manière extraordinaire - non qu'II devînt plus brillant que Lui-même ou plus élevé, loin de là! mais Il était comme auparavant... "
Et St. Jean Damascène: "Et la chair est glorifiée en même temps qu'elle est tirée du néant à l'être, et la gloire de la divinité devient la gloire du corps aussi... Si donc le saint corps n'a jamais été sans participer à la gloire divine, mais par la suprême union selon l'hypostase s'est parfaitement enrichi de la gloire de divinité invisible, de façon à ce que la gloire du Logos et de la chair fût une et la même, cependant la gloire étant invisiblement présente au corps visible, s'est avérée invisible à ceux qui ne peuvent contenir les choses qui sont invisibles aux anges, à ceux qui sont captifs de la chair, Il se transfigure donc, non en assumant ce qu'II n'était pas, mais en manifestant ce qu'II était à ses propres disciples, ouvrant leurs yeux, et d'aveugles les rendant voyants." Et ceux d'entre les Pères cités qui ne se réfèrent pas explicitement à cette transfiguration du Christ dès le premier moment de l'Incarnation, la supposent par la conception qu'ils ont de la Transfiguration, et dont nous allons tout de suite parler.

II. Pour tous les Pères en effet, la Transfiguration est celle des disciples eux-mêmes, et consiste en une certaine perception mystique de la divinité du Christ à travers le voile de la chair. «Car la puissance divine, dit encore St Basile, a paru à travers le corps humain, comme une lumière à travers des membranes transparentes, brillante pour ceux qui ont les yeux du cœur purifiés.» Ce que les apôtres ont perçu est décrit comme étant «lumière», «gloire», «splendeur», «beauté», «divinité», «forme», «théophanie», «puissance». Certains vont même décrire, parfois un peu en détail les stades menant à la vision de Dieu en cette vie et par lesquels les apôtres ont passé: purification, contemplation et illumination, par la puissance de l'Esprit Saint.

III. Presque tous, se basant sur la parole du Christ qui précède immédiatement le récit de la Transfiguration «En vérité, je vous le dis, il y a quelques-uns parmi ceux qui se tiennent ici qui ne goûteront pas la mort jusqu'à ce qu'ils eussent vu le Fils de l'homme venant dans son Royaume» mettent la Transfiguration dans un certain rapport avec la vision de la vie éternelle.

Comme nous le voyons les Pères Grecs perçoivent cette montée sur une haute montagne (cfr. le récit de la Transfiguration Mt 17,1 et //) comme le signe d'une transformation que le Christ opère chez les Apôtres. C'est le Christ qui les prend, qui les emporte, qui les transforme, les purifie et leur permet ainsi de voir, ce que normalement une personne pure et transformée voit, comme naturellement ("Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu" (Mt 5,8 ) et rien de moins que Dieu!)! Il leur restitue la sainteté perdue. En portant l'attention sur l'être humain et sur sa transformation/transfiguration, les Pères Grecs opèrent une révolution anticopernicienne: ce n'est plus le Soleil objectif, là, posé au centre de la galaxie qui est le centre d'attention – ce n'est plus le Christ et sa transfiguration objective qui importent – ce n'est plus la Terre qui tourne autour du Soleil, c'est le contraire: c'est le Sujet humain qui est le Centre d'attention du Soleil, il est venu pour le changer, le transfigurer, le diviniser, le porter vers une très haute Montagne, celle de sa propre hauteur. Saint Paul dit bien que nous sommes invités à atteindre la hauteur même du Christ (Ep 4,13: "nous parvenions à … à l'homme adulte, à la mesure de la taille de la plénitude du Christ") et saint Jean dit que si nous devenons semblable à Lui ("semblables en pureté" dirait saint Jean de la Croix (MC II,5,5) nous le verront "tel qu'il EST" (1Jn 3,2). Ce n'est donc pas si sorcier que cela, c'est tout simplement génial et il fallait le voir, et ils l'ont vu! C'est donc le Soleil qui en quelque sorte tourne autour de la terre, est à son service: moi qui suis le Maître et Seigneur, je me suis vêtu des vêtements du service et je vous ai lavé les pieds (cfr. Jn 13). Le Soleil, qui est certes LE soleil, et le Maître, le centre de tout, a voulu que l'être humain puisse Le Voir! Il a voulu élever l'être humain à sa Hauteur!
Comme nous le voyons, par cette révolution anticopernicienne, toute l'attention (la nôtre et celle du Christ) est portée sur les Apôtres, car c'est "pour notre salut" (Credo) qu'il est venu, pour nous transformer et nous diviniser, pour nous rendre la vue que nous avions perdue (Jn 9), ainsi nous pourrons le voir tel qu'il est (1Jn 3,2).
Cette lecture des Pères Grecs cités plus haut (III-Vs) précède, chronologiquement, celle de saint Thomas (XIIIième s).


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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mar 25 Nov - 18:51

Remarques interludes

Cette série de textes/chapitres sur la Transfiguration est très importante. Elle est à méditer, lentement, car elle n'est pas une simple opinion, elle est un style de vie, toute notre vie.... (et c'est plus tard qu'elle permettra de comprendre saint Jean, témoin de la Transfiguration, et son Evangile.)
C'est quelque chose qui marque toute notre vie, et pour toujours, c'est une manière de voir les choses! C'est une naissance de la théologie en nous de manière forte.

Relis, relis, goûte, et bien sûr ceci te permet de relire encore Palamas en comprenant ce qui le précède et dans quel courant de Tradition il se place...

N'oublions pas non plus la notion de développement du dogme, qui est, par l'action de la Grâce, le passage de l'implicite à l'explicite de certains aspects de notre foi. Les éléments théologiques que nous rencontrons sont des comme des êtres vivants, ils ont leur vie, leur croissance, la perception que l'on a d'eux croît avec le temps, se développe, dans un sens ou dans un autre. Il faut tenir compte de cela. Ce ne sont pas des objets figés dans le temps.

Tu as bien fait de fouiller dans cette direction et d'ouvrir ce sujet (Transfiguration et vie spirituelle).... je dirais que c'est inspiré! Car dans notre vie il y a l'avant et l'après cette découverte (redécouverte du P Habra). Mais méfie-toi, il y en qui s'en émerveillent, et puis ça s'arrête là! Ils ne vont pas plus loin, ils la considèrent comme une "curiosité archéologique", en admirent la beauté et puis passent leur chemin et rien ne change dans leur vie et dans leur foi et travail Théologique! Or cette perception est un Courant Vivant qui nous féconde encore aujourd'hui et qui devrait façonner notre vie, notre manière de voir, nos recherches théologiques, notre vision des choses et de la vie...! Elle peut être une information ponctuelle, brève, passagère, ou bien elle peut être une "Mère" qui ne nous quitte plus, qui façonne notre vie et notre manière de lire l'Ecriture, de faire de la Théologie, de la Pastorale, etc... Car dis-toi bien que nous autres occidentaux (et pour une bonne part les orientaux aussi), nous avons passé 2000 ans à nous battre sur l'objet de la foi (les dogmes, les règles, les lois, les pratiques, etc.), et on continue à le faire, or ce qui importe, c'est le Sujet de la foi (c'est le lien, dans le sujet humain, entre l'objet et le sujet de la foi), car c'est pour lui que le Christ est venu!!! C'est cet aspect des choses qui devrait attirer notre attention et notre travail intellectuel, théologique et pastoral!
Et, Dieu merci, le monde d'aujourd'hui si individualiste est une bénédiction, car c'est ce qu'il attend (dans le sens qu'il s'attend qu'on s'intéresse à lui et pas qu'on lui balance des dogmes, sans lien apparent avec le Sujet humain de la foi et la vie quotidienne)! Et, à partir de là, s'il est bien fécondé, cet individualisme, va s'ouvrir vers l'Œuvre du Christ en nous qui nous libère, nous transforme! Ainsi, Sa Lumière resplendira mieux sur nous!
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mar 25 Nov - 23:52

Cher Jean,
c'est de mieux en mieux...
je vais peut-être attendre que tu aies fini de tout mettre pour poser des questions
peut-être que la suite y répondra!
Merci infiniment pour ces petites d'or
en Marie
JB
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Jean
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mer 26 Nov - 0:24

4- La liturgie aussi le dit

L'adage théologique "lex orandi, lex credendi" nous rappelle le lien théologique profond entre que ce nous vivons durant la liturgie et ce que nous croyons. Ainsi la liturgie est une des sources fondamentales du Dogme et mérite toute notre attention car elle nourrit et complète notre approche théologique. Voyons ce qu'il en est de cette fête. D'abord et avant tout, il est important de noter que les orientaux célèbrent cette Fête depuis des siècles. Cette préséance de l'Orient sur l'Occident est un fait clair. Ce n'est donc pas étonnant que la perception théologique de l'orient soit plus riche, avec l'avance qu'il a. Il est fort possible qu'une des premières sources de cette célébration soit celle qu'en faisait l'église de Jérusalem, qui comme nous le savons a une mode itinérant de célébrer les fêtes: tous les fidèles se rendent au le lieu de la Fête célébrée ou à proximité. De manière sûre nous trouvons cette fête à l'aube du IVième siècle célébrée en Arménie. Et nous savons la dépendance directe de la liturgie Arménienne par rapport à celle de Jérusalem.
En occident, par contre, elle est célébrée surtout à partir de 1457, date à laquelle le Pape Calliste III a promulgué le nouvel Office et la rendit obligatoire. Mais la fête était déjà célébrée par plusieurs églises particulières. Pierre le Vénérable, Abbé de Cluny, en avait prescrit la célébration dans toutes les églises de son ordre quand Cluny prit possession au XIIième siècle du Mont Thabor.

Voyons de plus près ce que dit la liturgie au sujet de la Transfiguration.

Dans les textes de la liturgie des heures du rite byzantin il est dit que, lors de la transfiguration, la nature humaine retrouve sa splendeur première: "retrouve la beauté de l'image première" et "tu as fait que la nature d'Adam redevienne brillante (resplendissante) rendant sa nature à la gloire et à la splendeur de ta divinité" (apostichon des Vêpres). Un peu comme ce que dit saint Paul au sujet de la résurrection et de l'ascension. En Christ, vous êtes ressuscités avec lui et vous êtes assis à la droite du Père.
L'affirmation de la liturgie est claire: ce qu'ils contemplent c'est la divinité du Christ (et non la redondance de celle-ci (sur son corps et ses vêtements)). C'est ce que Grégoire Palamas dira avec insistance. Il se posera la question: quelle lumière les Apôtres ont-ils contemplée? Est-elle créée ou incréée? Il affirmera toujours qu'elle est incréée.

Notons une chose: saint Matthieu est le seul à comparer le visage du Christ au Soleil (cf. 17,2). Mais il a pour l'être humain (les justes) une expression similaire: "Alors les justes resplendiront comme le Soleil dans le Royaume de leur Père" (Mt 13,43). Cela est frappant!

Il est clair que c'est de l'intérieur qu'il porte ses disciples, qu'il les élève, pour qu'ils soient rendus capables de le contempler tel qu'il est. Il élève leur humanité, leur capacité. Il était en prière: comme Séraphim de Sarov. Par sa prière il attire ses disciples vers l'intérieur. Son feu les transforme. Il est solidaire de ses disciples en tant qu'il est homme. Son humanité pendant sa prière devient la leur, il va par son humanité attraper leur humanité, il l'élève, la rend capable de le contempler. Il les divinise. Sa prière est éminemment apostolique.
Marie le voit constamment transfiguré. "Grand, Yahvé, et louable hautement dans la ville (Marie, dans la nuée) de notre Dieu" (Ps 48,2). Elle voit le Dieu en lui. Oui tu es vraiment un Dieu caché (Is 45,15). Elle lui a donné la chair et volontairement il a voulu par cette chair (la femme qui couvre l'homme) "cacher" (protéger, préserver de l'œil curieux et impur) et "révéler" sa divinité.
S. Alen fait noter que la transfiguration de Jésus correspond à ce qui dans Jean est exprimé par la possession continuelle de la doxa de la part de Jésus, même si Luc est le seul à utiliser l'expression "doxa". Oui dans la transfiguration se trouve la promesse que l'Eglise brillera comme la lumière comme sa Tête (Cf. Préface dans la Messe de rite latin). Quand apparaît le Christ nous sommes semblables à lui car nous le voyons tel qu'il est (les temps dans l'original sont au futur) (Cf. antienne de communion latine).

Kondakion de l'Avant-fête de la Transfiguration: "En ce jour par la divine Transfiguration le genre humain tout entier resplendit divinement, s'écriant plein de joie: Le Christ se transfigure, sauvant le monde entier."


Une remarque

Quand saint Thomas explique la Transfiguration dans la Somme Théologique (je n'ai pas regardé dans ses commentaires de l'Ecriture), dans la Question 45 a.2 resp. il cite saint Jean Chrysostome: "Voulant montrer quelle est cette gloire dans laquelle il reviendra plus tard, il la leur révèle dans la vie présente, autant qu'il était possible de le leur apprendre, pour qu'ils ne se laissent pas accabler par la douleur de sa mort." C'est ce que reprend la liturgie Romaine Latine: "il préparait ainsi le cœur de ses disciples à surmonter le scandale de la croix" (Préface de la fête). C'est donc une interprétation qui provient de saint Jean Chrysostome, qui passe par saint Thomas et nous arrive dans notre liturgie.
Voyons une autre lecture faite par la liturgie byzantine: "tu t'es transfiguré sur la mont, O Christ Dieu, e tes disciples ont vu ta gloire afin qu'ils comprennent que ta Passion était volontaire et qu'il prêchent au monde que tu es vraiment la splendeur du Père" (Tropaire de la fête).
Les deux liturgies ont voulu trouver un lien avec la Croix. C'est d'ailleurs le texte lui-même qui le suggère: "Et voici, deux hommes s'entretenaient avec lui: c'étaient Moïse et Élie, qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ qu'il allait accomplir à Jérusalem" (Lc 9,30-31) Moïse, Elie et Jésus parlent de l'exode du Christ, son passage, sa Passion et mort. Cela dit, les nuances sont vraiment différentes: l'une admet le côté scandaleux de la Passion et essaie de le vaincre, l'autre souligne la Seigneurie du Christ durant la Passion et le fait – très johannique – que sa Passion est volontaire. C'est comme si nous avions devant nous deux nuances/perceptions de la Passion: l'une plus proche des synoptiques, et l'autre plus proche de saint Jean. De fait, saint Jean a un regard différent sur la Passion du Christ. L'attention sur les détails des souffrances est moins accentuée (sans du tout les nier bien sûr), il souligne combien le Christ va librement vers sa Passion par le fait que ceux qui veulent le prendre tombent quand il dit: C'est MOI (Jn 18,). Pour saint Jean la Passion est un moment de gloire, Jean a une pénétration plus profonde de Celui qui avance dans sa Passion, il voit sa Gloire transparaître durant la Passion. C'est cette vision de la Passion qui imprègne la célébration actuelle de la Semaine Sainte dans le Rite Byzantin. Au moment de la Crucifixion et de la mort, on crie victoire, le Christ est vainqueur! Or dans le Rite Romain Latin, il nous faut attendre l'aube du Dimanche pour crier victoire, Alléluia!
J'ai voulu montrer ces nuances, car elles portent en elles une densité théologique différente et si nous nous exerçons à respirer des deux poumons, ceci nous enrichit, nous donne de la profondeur de vue et une certaine souplesse théologique et liturgique. Tous les Rites sont égaux en dignité, mais chacun nous enrichit à sa manière.
Comme nous le voyons, saint Thomas citait saint Jean Chrysostome, un Grec!

PS Là je fais une pause! Tu peux poser toutes tes questions.
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mer 26 Nov - 1:14

Remarque importante: Miracle ou Divinisation?

jean-baptiste a écrit:
Je voudrais savoir comment se placer par rapport à cette conception en tant qu'occidentaux, parce que Saint Thomas par exemple ne voit pas du tout la transfiguration de la même manière (III pars question 45)
(le miracle se produit chez le Christ qui montre sa lumière)
C'est très intéressant de noter l'expression que tu utilises: "miracle". C'est vrai que cet événement s'il est vu uniquement du point de vue objectif, extérieur (occidental) est plus de l'ordre du miracle gratuit, presque je dirais "magique", et c'est ce qui pousse alors les "objectivants" à chercher un sens à ce miracle qui paraît un peu gratuit et parachuté.
Par contre, tu vois qu'avec la conception des Grecs, des "subjectivants" (qui déclarent que le cœur même de l'événement de la Transfiguration est la transformation des Apôtres, de leur être intérieur, de leurs yeux, qui leur permet de voir le Christ tel qu'il Est), il n'est pas question de "miracle"! Et ce n'est pas rien de noter cela! Car, c'est une œuvre de sanctification, de transformation. Tu noteras les expressions qui décrivent la montée qui précède et prépare la Transfiguration. Prenons Marc (Mc 9,2) par exemple (je suis texto le texte grec):

1- prend à part
2- il les fait monter
3- sur une montagne élevée
4- à l'écart
5- seuls
Peut-on insister plus que cela?

Pour conclure cette remarque, comme tu vois, on est dans l'embarras devant un miracle dont on cherche le sens, et auquel on "rafistole" un sens ("pour les aider à faire face à la Passion"). Mais ce n'est pas un "miracle", c'est une transformation profonde, intérieure, tout un programme de vie qui porte à la Vision de Dieu (but de notre vie)! Un peu comme la Messe qui a sa porte d'entrée, c'est à dire la première partie (qui passe souvent très vite): l'examen de conscience, la contrition, la demande de pardon, demander la Miséricorde du Seigneur et l'absolution (collective) donnée par le Prêtre. On oublie souvent cette première partie, qui en fait nous permet d'entrer dans la Messe. Et elle est à approfondir aussi.
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mer 26 Nov - 20:36

Very Happy
Merci encore pour ces lignes!

Bon je pose une première question :

au point de vue de la croissance spirituelle, on peut penser que les trois Apôtres qui voient le Christ transfiguré, ne sont pas encore eux-mêmes totalement purifiés. Ils ne sont pas encore passé par la nuit de l'esprit de la Passion, ils n'ont pas encore reçu l'Esprit Saint et résonnent encore selon une modalité très humaine! et pourtant, ils pourraient voir la divinité du Christ?
A quelle étape de la vie spirituelle assimilerais-tu ce moment de la Transfiguration?
les extases des sixièmes demeures de Thérèse d'Avila?

Deuxième question :
c'est quoi la doxa?

J'ai oublié les autres...
Merci d'avance
en Marie
JB
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mer 26 Nov - 22:46

jean-baptiste a écrit:
Deuxième question : c'est quoi la doxa?
"Doxa" veut dire gloire (dhoxa). La Doxologie, c'est le "Gloire au Père, au Fils et à l'Esprit" qui par exemple termine et clos les psaumes ou les cantiques de l'Office Divin.
OrthoDoxe: Doxa est aussi opinion, cela fait: opinion droite.
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mer 26 Nov - 23:15

jean-baptiste a écrit:
Bon je pose une première question :
au point de vue de la croissance spirituelle, on peut penser que les trois Apôtres qui voient le Christ transfiguré, ne sont pas encore eux-mêmes totalement purifiés. Ils ne sont pas encore passé par la nuit de l'esprit de la Passion, ils n'ont pas encore reçu l'Esprit Saint et résonnent encore selon une modalité très humaine! et pourtant, ils pourraient voir la divinité du Christ?
A quelle étape de la vie spirituelle assimilerais-tu ce moment de la Transfiguration?
les extases des sixièmes demeures de Thérèse d'Avila?

A mon sens, l'évènement en soi transcende un moment ponctuel de la vie des Apôtres car il est programmatique, il n'est pas nécessairement une étape dans leur vie spirituelle (je ne suis pas contre non plus, mais c'est à voir). Le Christ lui-même dit: "n'en parlez pas avant la Résurrection des morts" (et ils ne savaient pas ce que cela voulait dire, Ressusciter des morts). A mon sens, il n'appartient pas nécessairement à leur cheminement, parce que l'événement de la Transfiguration est comme "introduit" "trop tôt" dans leur vie et qu'il leur faut être purifiés, passer par le creuset de la Passion pour commencer à en saisir la beauté toujours croissante, comme une aube qui croît. Ils ne peuvent le comprendre encore et, comme tu vois, ce n'est pas un événement ponctuel dans les termes du Christ lui-même! Il les renvoie à "après la Résurrection".
De plus, c'est "après la Résurrection" que l'Evénement non seulement peut être raconté, mais qu'aussi il prendra de l'ampleur. Et ceci a besoin d'années d'approfondissement. On le verra par la version qu'en donnera Jean…
Dans ce sens, l'événement est "dans" leur vie, mais en même temps la transcende et ne sera compris, digéré, intégré dans l'ensemble que plus tard. Et son intégration est globale, et non ponctuelle comme tu souhaites le voir.
Il y a cependant des césures claires autres que j'ai signalées, dans la structure des synoptiques. Je veux bien réviser mon opinion… mais je reste convaincu que ceux qui nous parlent de la Transfiguration (Mt, Mc, Lc, Pierre), le font - sur ordre du Seigneur - APRES la Mort et Résurrection du Seigneur. Les Evangiles sont le compte rendu de la Catéchèse comme elle se faisait aux temps apostoliques.
ok?
en Marie
Jean

PS Je reprendrais la chose demain, peut-être.
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Jeu 27 Nov - 19:13

OK!
Merci beaucoup pour cette réponse.
En effet c'est vrai que ca ne ressemble pas beaucoup aux descriptions des 6 1eres demeures de Thérèse d'Avila!
Ca doit être après que ca se découvre!
A mediter
en Marie
JB
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Jeu 27 Nov - 22:22

jean-baptiste a écrit:
En effet c'est vrai que ca ne ressemble pas beaucoup aux descriptions des 6 1eres demeures de Thérèse d'Avila!
Ca doit être après que ca se découvre!
A mediter

La question initiale est de savoir: est-ce que la Transfiguration est une grâce ponctuelle, ou une grâce/événement qui non seulement "se comprend après", mais qui "est programmatique". Je m'explique: la Transfiguration comme elle a été comprise par l'orient est un Programme de vie, elle n'est pas uniquement un événement bref dans la vie de Notre Seigneur, ou des Apôtres. L'Eglise d'orient dit: "tout le mystère de la prière est inclus dans ce mystère". On passe donc d' "événement", de "grâce", à "mystère" et à "tout le mystère de la prière"! Mesure-t-on la densité d'une telle affirmation, qui bouleverse nos manières de "mesurer" l'événement?! C'est pour cela que j'insiste: pour les Apôtres c'est une grâce programmatique (elle montre tout un programme de vie)! Je n'ai aucune objection à la considérer comme une grâce dans leur cheminement spirituel, mais c'est une grâce qui étend son influence sur tout l'arc de leur vie, de leur contemplation, de leur intelligence du mystère de Dieu, et qui est capable de les nourrir de manière cyclique, constante, et toujours de plus en plus profondément. Elle structure la vie spirituelle, elle dessine des étapes, un contenu, une croissance.

De plus, si la Profession de foi de saint Pierre correspond plus ou moins à "l'union de volonté" (au plus haut point dans la modalité humaine de suivre le Christ), si la Passion est le passage de la purification de "la Nuit de l'esprit", et que la Transfiguration est accordée à l'intérieur de cette nouvelle phase de la vie spirituelle, cela me paraît difficile de la classer comme grâce commune, ordinaire, "pour tous", ou de lui accorder une signification commune et brève (de courte durée)! Si nous regardons à nouveau la structure des synoptiques, par exemple comme elle paraît au numéro I-6 de la deuxième partie dans ce document: http://www.amorvincit.com/structure_evangile.pdf , que peut-on tirer? Pour le moment j'avoue que j'ai du mal à dire plus. Mais qui sait, peut-être en creusant …

De plus, si nous cherchons à situer cette grâce dans leur cheminement spirituel, n'oublions pas que la Transfiguration n'est pas donnée à tous les Apôtres. Donc comment faire? Trois seulement vivent cet événement! (et ils seront les mêmes à assister à un miracle de Résurrection des morts (la fille de Jaïre (Mc 5,37 et //), et à être avec Lui au Jardin des Oliviers lors de son Agonie). Pourquoi? Y-a-t-il un lien? (et pourtant ils n'ont pas pu prier!, ils ont dormi) Quel mystère que ce choix! Vers l'an 43 ou 44, Jacques, le frère de Jean (que nous fêtons le 25 Juillet), est tué par Hérode (cfr. Ac 12,2). Donc, il ne reste plus que Pierre et Jean comme seuls témoins de cet Evénement unique et étonnant (on notera la forte présence de ces deux apôtres dans l'Evangile de Jean, surtout à la fin). Marc est la plume de la catéchèse de Pierre et nous donne le compte rendu de la Transfiguration. Qui sait d'où vient la version de Matthieu et de Luc, peut-être de Marc. Pierre subit le Martyre en l'an 64. Ce qui frappe c'est que Jean reste silencieux, jusqu'en l'an 99 ou 100 environ, date où il rédige son Evangile. Pourquoi a-t-il tant attendu pour parler de cette grâce? Pourquoi même a-t-il renoncé à écrire un Evangile? Car jusqu'en l'an 99 ou 100 il n'a pas encore écrit d'Evangile! Il est martyrisé (en 95) avant même d'écrire son Evangile!!! Et il ne meurt pas durant son martyr, pourtant il aurait pu mourir, il a comme un sursis, et c'est là qu'il a les visions de l'Apocalypse (en 95), en exil à Patmos, et puis, au retour d'exil il rédige son Evangile en l'an 99 ou 100. C'est quand même curieux qu'une telle grâce, étant le dernier témoin, il n'en dise rien jusqu'à son Evangile.
La manière de Jean d'intérioriser l'événement de la Transfiguration, et de le présenter, me semble changer l'option du "il en est d'ici présents" (Mc 9,1) des synoptiques à: le Don de Dieu en plénitude est offert à tous et en abondance, sans mesure! Pour Jean il n'y a pas de privilégiés, il n'y a pas des classes – au niveau de la Grâce – parmi les chrétiens (apôtres etc…), tous nous sommes appelés à la Plénitude.

Avant la nuit de l'esprit, une compréhension vraie et profonde (à modalité divine) du Christianisme n'est pas possible, par définition. Je ne peux m'étendre sur ce sujet ici, mais il suffit de bien lire saint Jean de la Croix pour comprendre ce que j'entend par là. C'est donc tout à fait normal de la part du Christ de l'entendre dire: ne dites rien! "Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, si ce n'est quand le Fils de l'homme serait ressuscité d'entre les morts. Ils gardèrent la recommandation, tout en se demandant entre eux ce que signifiait "ressusciter d'entre les morts."" (Mc 9,9-10) Sans avoir expérimenté la descente et montée de la Passion-Mort et Résurrection, il n'est pas possible de comprendre la Transfiguration ou quoi que ce soit d'autre d'aussi important. Pourquoi donc chercher à "forcer" les apôtres à comprendre avant l'heure en disant: "cette grâce à quoi correspond-t-elle?".

En Marie
Jean
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Jeu 27 Nov - 23:43

en effet...
thumright
Merci pour ces approfondissements!
Ca commence à rentrer dans la petite tête de moineau ange malin
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Jean
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Ven 28 Nov - 22:28

Je comprend que ce soit un peu "difficile" à "voir", car c'est une manière de voir très différente de la nôtre. Mais une fois qu'on y entre, et qu'on y avance, ça change... et on commence à bien en profiter et à goûter le Don de Dieu de manière passionnante.....
Petit à petit... on y arrive.... (en priant surtout)...
D'autres questions? ou plutôt "sonné"?
Jean


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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Sam 29 Nov - 18:31

Allez!!
une autre pour la route.

Je reprends ta classification
corps,
âme (consciente),
esprit (supra-consciente et en lien direct avec Dieu et mû par Lui)

Peut-on dire que pour la Transfiguration

- la lumière est incréée lorsqu'elle touche l'esprit
- elle devient créée quand elle tombe dans l'âme mais tellement puissante qu'elle est semblable à la nuée qui envahit les apôtres. Elle touche non pas d'abord la sphère sensible (inférieure) de l'âme mais intellectuelle (supérieure)... comme un éblouissement, qui suspend leur activité rationnelle (cf : les paroles inappropriées de Saint Pierre : "faisons trois tentes...")
- puis elle "tombe" dans le corps, puisque les yeux corporels voient réellement la lumière qui émane du visage du Christ.

On se rapproche du Mystère de la Prière...
La Lumière (énergie?) incréé est celle qui émane de la Personne du Verbe (et de toute la Trinité bien sûr) qui vient toucher notre esprit pour l'illuminer, le purifier et l'élever jusqu'à la ressemblance divine...
Ce qui se passe dans l'esprit est donc l'essence du Mystère de la Transfiguration et ce qui se passe dans l'âme et le corps (le côté perçu par les Apôtres) n'en est que la suite logique mais pas obligatoire.

Je ne te lâcherai pas!!!

Merci d'avance pour la réponse (prends ton temps)
en Marie
JB
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jean-baptiste



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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Sam 29 Nov - 18:33

PS : tu n'arriveras pas à me sonner Very Happy
je crois que c'est toi qui vas t'épuiser Basketball
lol
A+
JB
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Jean
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Lun 1 Déc - 4:17

jean-baptiste a écrit:
Allez!! une autre pour la route.
Je reprends ta classification, corps, âme (consciente), esprit (supra-consciente et en lien direct avec Dieu et mû par Lui). Peut-on dire que pour la Transfiguration
1- la lumière est incréée lorsqu'elle touche l'esprit
2- elle devient créée quand elle tombe dans l'âme mais tellement puissante qu'elle est semblable à la nuée qui envahit les apôtres. Elle touche non pas d'abord la sphère sensible (inférieure) de l'âme mais intellectuelle (supérieure)... comme un éblouissement, qui suspend leur activité rationnelle (cf : les paroles inappropriées de Saint Pierre : "faisons trois tentes...")
3- puis elle "tombe" dans le corps, puisque les yeux corporels voient réellement la lumière qui émane du visage du Christ.
On se rapproche du Mystère de la Prière...
La Lumière (énergie?) incréé est celle qui émane de la Personne du Verbe (et de toute la Trinité bien sûr) qui vient toucher notre esprit pour l'illuminer, le purifier et l'élever jusqu'à la ressemblance divine...
Ce qui se passe dans l'esprit est donc l'essence du Mystère de la Transfiguration et ce qui se passe dans l'âme et le corps (le côté perçu par les Apôtres) n'en est que la suite logique mais pas obligatoire.
Merci d'avance pour la réponse (prends ton temps)
en Marie
JB

Cher Jean-Baptiste,
Tant qu'Il me donne de la Force, on avance…!
Avant de répondre à ta question, j'aimerais aborder la structure de la Transfiguration, prise en soi. Ceci nous permettra de commencer à entrer dans le Mystère de la Transfiguration du Seigneur. Nous en trouvons le récit dans Mt 17, Mc 9 et Lc 9.
Je prendrais une forme simple sans gros a priori. Nous pouvons d'abord distinguer 2 parties dans la Transfiguration:

I- Une promesse.
II- La réalisation de cette Promesse, ou un programme de réalisation.


I- La promesse, c'est ce verset qui précède la Transfiguration et que l'on oublie souvent:
"En vérité je vous le dis: il en est d'ici présents qui ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le Fils de l'homme venant avec son Royaume" (Mt)
"Et il leur disait: "En vérité je vous le dis, il en est d'ici présents qui ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le Royaume de Dieu venu avec puissance." (Mc)
"Je vous le dis vraiment, il en est de présents ici même qui ne goûteront pas la mort, avant d'avoir vu le Royaume de Dieu." (Lc)

Tu notes déjà que pour ce qui est du contenu de la promesse que le Christ formule, il y a une constante: c'est le "voir". Il promet une vision! C'est intéressant comme langage! C'est très différent de demander à nos frères de croire ou de leur promettre de voir! Le visage du Christianisme devient bien différent si tu le proposes sous forme de promesse de vision! Wow! - Je ne vous demande pas de croire toute votre vie, de rester dans l'obscurité (et combien de soi-disant spirituels prêchent l'obscurité de la Foi). C'est bien à rebrousse poil que commence le récit de la Transfiguration. Cette première partie, aussi brève qu'elle est, constitue une première partie à ne pas négliger! La Transfiguration proprement dite n'est que la réalisation de cette Promesse inouïe: "il en est d'ici présents"… imagines-toi entrer dans une Eglise et dire: "il en est d'ici présents qui"… humm… "qui verront… avant de mourir"! Le Seigneur est clair, pour qu'il n'y ait pas d'équivoque: "qui ne goûteront pas la mort"! comme ça on ne pourra pas le traiter de menteur, de quelqu'un qui parle de manière obscure ou incertaine! Il l'a dit très clairement! On ne peut douter! Alors, reprenons: tu entres dans l'église, dans ta paroisse, et comme un idiot (oui car aujourd'hui ça a l'air idiot de parler ainsi, il faut appeler un chat un chat), et tu t'adresses aux fidèles du dimanche (bien sages) et tu leurs dis: "vous là, ici, assis, il y en a parmi vous, ici présents, qui ne goûteront pas la mort avant d'avoir VU…" C'est simple Jean-Baptiste, on te prendra pour un cinglé!! Donc, comprends bien que le Christ aussi, en ne prenant pas au sérieux sa Promesse, nous le prenons pour un cinglé!

Voilà donc pour la Promesse! Et crois-moi, on vit de promesses dans la vie! C'est le début du rêve, de la vision, des réalisations! Si Eiffel n'avait pas "vu" dans sa tête, et puis sur ses plans la Tour, sous forme de "promesse", les milliers de tonnes n'auraient pas étés déplacés! La Promesse est source d'énergie, ça te fait tenir! Tu te dis: il ne ment pas, je sens en mon cœur qu'il m'a fait cette Promesse à moi, j'y crois, j'y mise ma vie, j'y joue ma vie! Je suis prêt à tout perdre pour gagner ce qu'Il promet. Tu vois? C'est juste un verset, mais je le considère une partie entière, une leçon immense! Par conséquent, le véritable récit de la Transfiguration comment un ou deux versets plus haut! Les ciseaux des liturges sont un peu violents à mon sens, quand le 6 août, ou le second dimanche de carême, ils nous découpent la péricope en écartant le début du récit.

Voici pour ce qui est de l'importance de l'Espérance, vertu théologale, moteur qui nous fait avancer et marcher sur l'eau:
"Nous désirons seulement que chacun de vous montre le même zèle pour le plein épanouissement de l'espérance jusqu'à la fin; 12 de telle sorte que vous ne deveniez pas nonchalants, mais que vous imitiez ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses. 13 En effet, lorsqu'il fit la promesse à Abraham, Dieu ne pouvant jurer par un plus grand, jura par lui-même, 14 en disant: "Certes, je te comblerai de bénédictions et je te multiplierai grandement". 15 C'est ainsi qu'Abraham, ayant persévéré, vit s'accomplir la promesse. 16 Les hommes jurent par un plus grand, et, entre eux, la garantie du serment met un terme à toute contestation. 17 Aussi Dieu, voulant bien davantage faire voir aux héritiers de la promesse l'immutabilité de son dessein, s'engagea-t-il par un serment, 18 afin que, par deux réalités immuables, dans lesquelles il est impossible à un Dieu de mentir, nous soyons puissamment encouragés - nous qui avons trouvé un refuge - à saisir fortement l'espérance qui nous est offerte. 19 En elle, nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide, et pénétrant par-delà le voile, 20 là où est entré pour nous, en précurseur, Jésus, devenu pour l'éternité grand prêtre selon l'ordre de Melchisédech." (He 6,11-20)

Un texte extraordinaire, qui nous pousse à nous chrétiens à nous demander: en quoi consiste l'Espérance Chrétienne? Qu'est-ce que le Christ me promet? "Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu" (Mt 5,8 ) Il y en a d'ici présents, qui seront purifiés, et ainsi, avant de goûter la mort, verront Dieu. C'est fou non? Et pourtant, c'est bien ce que le Christ dit, promet, annonce! Allons-nous le croire? Allons-nous approfondir le contenu de sa Promesse (travail capital pour apprendre à poser un acte d'Espérance Théologale)? Ou bien allons-nous avancer comme des gens sans Espérance, ballotés au grès des vagues? Allons-nous renouveler tous les jours notre attachement à sa Promesse? Et ainsi repartir chaque jour avec une énergie renouvelée?

Pour bien montrer que la Transfiguration – événement programmatique – est la réalisation de cette Promesse qu'il fait quelques jours avant (6 ou 8 jours), voyons comment se termine le récit de la Transfiguration:

"Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre: "Ne parlez à personne de cette vision, avant que le Fils de l'homme ne ressuscite d'entre les morts." (Mt)
"Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, si ce n'est quand le Fils de l'homme serait ressuscité d'entre les morts." (Mc)
"Pour eux, ils gardèrent le silence et ne rapportèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu'ils avaient vu." (Lc)

Il s'agit bien de quelque chose à voir!!

II- La réalisation de la Promesse: Passons maintenant à la seconde partie, la Transfiguration elle-même. On peut facilement y distinguer 4 parties d'inégales dimensions et valeurs:

1- Le Christ qui les prend-avec-lui et les fait monter sur une haute montagne, seuls à l'écart.
2- La transfiguration du visage et des vêtements, ainsi que l'apparition de Moïse et d'Elie, qui parlent avec Jésus; les paroles de Pierre.
3- La venue de la Nuée, la Voix du Père, la frayeur. Ils ne voient plus que Jésus seul.
4- La descente.

Si, pour le moment, nous excluons la montée et la descente, nous devons noter que l'événement même de la Transfiguration n'est pas un! Bien au contraire, il contient deux étapes:
1- la Transfiguration et
2- la Venue de la Nuée qui les prend sous son Ombre!
Trop souvent, soit on pense que c'est un seul événement, soit on oublie la venue de la Nuée et son Action (prendre sous son ombre), en ne retenant que la première partie qui nous semble plus spectaculaire (les vêtements changent d'aspect et son visage qui resplendit comme le Soleil) et réduisant l'événement à celle-ci.

Si nous retenons cette division en deux parties de ce qui a lieu au sommet de la Montagne, alors nous pouvons faire un pas en avant qui nous permet de répondre à ta question.

1- La Transfiguration semble toucher soit le visage soit les vêtements du Seigneur. Nous pouvons donc suggérer que le visage renvoie à l'âme, la sienne et puis par reflet celle des apôtres (et la nôtre) et puis les vêtements renvoient au corps, le sien, puis par reflet celui des apôtres (et le nôtre).
2- L'obombration (action de la Nuée de "prendre sous son ombre"): nous pouvons proposer qu'elle renvoie de manière particulière à la Divinité du Christ et, par reflet, elle renvoie à l'esprit des apôtres (et au nôtre). Cela dit, vu que la Nuée prend tout l'être sous son ombre, je dirais que de manière générale, la Nuée renvoie à tout l'être humain (corps, âme et esprit).

(C'est intéressant de ta part de suggérer que Pierre radote car il est en suspension mystique! C'est généreux de ta part. Pour le moment, c'est un des points les moins clairs pour moi! A moins que le fait qu'ils soulignent que Pierre radote est en vue de corroborer le fait que la Transfiguration ne peut être comprise qu'après (la purification apportée par la Passion, Mort et) la Résurrection.)

Ta proposition semble intéressante, séduisante, sauf que dans ton schéma, l'ordre n'est pas celui du texte: esprit, âme, corps! Le texte procède: visage (âme), vêtements (corps), et puis nuée (esprit et tout). Certes toute grâce reçue passe d'abord par l'intérieur, par l'esprit, qui est "physiquement" le plus proche de Dieu. Mais je crois que, sans du tout nier cela, il y a une logique derrière ces deux parties qui composent "ce qui se passe sur la Montagne":
- D'abord ce qui a lieu a lieu dans la partie conscience: âme (visage) et corps (vêtements).
- Et par la suite, ce qui a lieu est: généralement tout l'être, et particulièrement l'esprit (Nuée).

De plus, je dois avouer que ce que tu dis n'est pas totalement faux! Loin de là! Ce fut même ma position pendant longtemps (on la trouve dans mon livre Italien sur la Transfiguration): l'essentiel c'est la Nuée! Ce n'est pas faux, mais on relègue un peu la première partie aux "choses secondaires"! C'est un risque! Or, comme on le verra par la suite, la première partie a son importance, et sa signification.

Remarque: Je ne nie point le fait que toute grâce, même la première (âme et corps), passe d'abord par l'esprit. Mais là où la grâce travaille dans la première partie, c'est bien perçu par l'âme consciente, c'est vu par elle: ils voient Moïse et Elie, ils notent qu'ils dialoguent avec le Christ, et même chez Luc on sait de quoi ils parlent (l'Exode du Christ à Jérusalem); et puis Pierre, à mon sens, est éveillé encore (et non en extase, effrayé). Par contre, la Nuée (qui est une expérience moins "visuelle", et plus "auditive", plus mystérieuse, plus profonde) semble d'un autre ordre, autrement plus puissante (sans nier la valeur de grâce de la première partie)! Le Père semble prononcer le Fils en eux, dans cette Nuée! La Nuée les prend-sous-son-ombre! Frayeur (Mt) (et non plus radotage), car c'est une expérience autrement plus puissante, plus "prenante-en-Dieu" ("engolfante"). Et puis, cette fantastique remarque: ils ne voient plus que "Jésus Seul"! Quel miracle! effet de l'action de la Voix du Père!

Voilà donc un tout premier pas d'entrée à l'intérieur de l'événement. cheers
Bien à toi
Jean


Dernière édition par Jean le Lun 1 Déc - 5:39, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Lun 1 Déc - 5:06

I n t e r l u d e


Voici le fameux texte des Disciples l'Emmaüs que l'on trouve dans Luc 24:

"13 Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de 60 stades, 14 et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. 15 Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que

Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux; 16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. 17 Il Leur dit: "Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant?" Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. 18 Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit: "Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci" - 19 "Quoi donc?" Leur dit-il. Ils lui dirent: "Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, 20 comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. 21 Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées! 22 Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau 23 et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. 24 Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit; mais lui, ils ne l'ont pas vu!"
25 Alors il leur dit: "O coeurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes! 26 Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire?" 27 Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Ecritures ce qui le concernait.

28 Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. 29 Mais ils le pressèrent en disant: "Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme." Il entra donc pour rester avec eux. 30 Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. 31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. 32 Et ils se dirent l'un à l'autre: "Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Ecritures?"

33 A cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, 34 qui dirent: "C'est bien vrai! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon!" 35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain."


C'est à moi de te poser maintenant une triple question:

1- Que penses-tu de la structure de ce texte fondateur ci-dessous? Ma manière naturelle de le découper montre une structure simple, non?

2- Ce texte nous offre deux aspects structurels de la Synaxe (la Messe) telle que nous la trouvons dès l'âge apostolique jusqu'à nos jours: "la liturgie de la Parole", et puis "la liturgie de l'Eucharistie". Ce texte semble bien être, comme je le disais, un texte essentiel et fondateur. C'est une sorte de clin d'œil à la Messe. Non?

3- Qu'est-ce que ce "jeu" de "va et vient", d'un texte à l'autre, te suggère-t-il? En d'autres termes, qu'est-ce que cet interlude vient faire ici?

En Marie
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mar 2 Déc - 0:35

scratch
C'est pas juste!!! normalement c'est moi qui pose les questions et c'est toi qui t'épuises à y répondre sagesse
Allez, je m'y mets demain!
Attention la réponse va déménager rambo
En Marie
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mar 2 Déc - 0:44

Et au fait, merci beaucoup pour la réponse précédente!!!
encore une fois, je vais la relire.

Une petite remarque pour Pierre : "faisons trois tentes"
à mettre en lien avec Saint Jean (Ch 1) :
"le Verbe s'est fait chair et il a campé parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu'il tient du Père comme Unique Engendré, plein de grâce et de vérité"
Le lien entre la tente et la contemplation de la gloire, n'est pas si bête que ça finalement!

Bon allez, je potasse les questions!
A demain
en Marie
JB
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Mar 2 Déc - 20:53

Jean a dit :

Citation :
1- Que penses-tu de la structure de ce texte fondateur ci-dessous? Ma manière naturelle de le découper montre une structure simple, non?

1- Voilà deux bonnes questions!
La première : Que penses-tu de la structure de ce texte fondateur ci-dessous?

Il y a comme un aller retour des disciples. Ils sont dégoûtés, ils ont perdu espoir... et quittent Jérusalem.
Puis c'est le Christ qui vient les chercher mais attention, leurs yeux sont empêchés de le reconnaître, non pas à cause du Christ, mais à cause d'eux-mêmes de leur desespoir. Il leur parle des Ecritures, leur explique tout ce qui le concerne à partir de Moïse et de tous les prophètes (Elie).
Une fois arrivé à Emmaüs, Il suscite chez eux le désir de le garder avec eux. Les disciples sentent bien que quelque chose de grands s'est passé par cette rencontre mais il ne se rendent pas encore compte que leur coeur était tout brûlant. Reste avec nous, puis c'est le partage du Pain qui ouvre les yeux des disciples. Une fois qu'ils l'ont reconnu, Il disparaît immédiatement, Il reste inssaisissable et bien au-dessus de leur raisonnement. J'imagine que la seule chose qu'ils aient compris c'est qu'ils ont rencontré le Christ, qu'Il est ressucité, qu'Il est bien celui qu'annoncait les Ecritures. Le reste... ils doivent n'y rien comprendre, ils doivent être complètement chamboulé! (et je les comprends)
Puis ils retournent à Jérusalem, forts de la grâce qu'ils ont reçu.

Un aller retour!

La deuxième : Ma manière naturelle de le découper montre une structure simple, non?

Oui, en effet, la structure est simple!
1- les disciples rament!!!
2- Jésus les accompagne sans se faire connaître, en leur dévoilant les mystères des Ecritures
3- Il ouvre leurs yeux et disparaît
4- Les disciples sont remplis de grâces!

Citation :
2- Ce texte nous offre deux aspects structurels de la Synaxe (la Messe) telle que nous la trouvons dès l'âge apostolique jusqu'à nos jours: "la liturgie de la Parole", et puis "la liturgie de l'Eucharistie". Ce texte semble bien être, comme je le disais, un texte essentiel et fondateur. C'est une sorte de clin d'œil à la Messe. Non?

Oui, un sacré clin d'oeil! Je crois que dans une prière eucharistique, il en est fait mention "comme autrefois pour les disciples, il nous ouvre les Ecritures et nous partage le pain", ça doit être la 4e...
a) Pour ce qui est de la Parole, il est beau de voir comment les disciples au début ne comprennent rien et pourtant leur coeur est tout brûlant à la rencontre de cette inconnu! Cela me fait penser à nos lectio divina. Au début, on ne voit absolument pas ce que le Christ veut nous dire, on rame, il faut galérer, s'accrocher à Lui et ne surtout pas le laisser partir avant qu'Il nous ait ouvert les yeux sur la Parole qu'Il veut nous donner pour aujourd'hui, un peu comme lorsque Jacob se bat contre l'ange pendant la nuit et lui dit : "je ne te lâcherai pas avant que tu m'aies béni". Le Christ veut que nous le harponnions, que nous le gardions prêt de nous, Il fera semblant de partit pour aviver en nous le désir de sa Présence, et plus le désir sera fort et impétueux et plus Il ouvrira les yeux de notre coeur pour que nous le voyions
b) Il est beau de voir comment le Christ disparer après avoir partagé le Pain. Lorsque nous communions à son Corps et à son Sang, Il disparaît de même, Il n'est plus visible, Il n'est plus palpable... mais en fait, Il rentre en nous, nous pénètre. Ne plus le voir de nos yeux pour que les autres Le voient en nous! Il nous laisse Sa place.
Sa disparition nous fait pénétrer dans le mystère de sa divinité qui elle, n'est pas visible à des yeux de chair

Citation :
3- Qu'est-ce que ce "jeu" de "va et vient", d'un texte à l'autre, te suggère-t-il? En d'autres termes, qu'est-ce que cet interlude vient faire ici?

ca c'est la meilleure question!

1- point commun des deux textes : ils sont tous les deux Parole de Dieu. dans ce sens, on aurait pu prendre n'importe quel texte des Ecritures, comme l'inspirateur est le même, on aurait bien pu faire un va-et-vient!

2- D'aurte part, ils ont tous les deux la même structure : a, b , c, d (Emmaus ==> Transfiguration)
a) départ de Jérusalem (avec la promesse de la resurrection même si elle est sûrement oubliée à ce moment-là)= montée de la Montagne avec la promesse de voir le Royaume de Dieu venir avec puissance
b) rencontre du Christ qui leur ouvre les Ecritures (Loi de Moïse+ les prophètes (Elie)) = le Christ dévoile à leurs yeux son vêtement lumineux qu'Origène attribue aux lettres de la Bible et son Visage lumineux que nous pourrions assimiler aux Evangiles (qui sont le Saint des Saints). Il discute avec Moïse et Elie... (symboles de l'Ancient Testament) Cette transfiguration du Christ éclaire l'âme des Apôtres de la même manière que la lectio divina éclaire notre âme... pour finalement rendre le Christ quasiment visible à nos yeux, lumineux...
c) Le Christ partage le pain, se fait reconnaître aux yeux de ses disciples puis disparaît ==> La vision du Christ transfiguré s'arrête pour laisser place à la nuée dans laquelle le Père témoigne de l'Election de Son Fils!
d) Les disciples reviennent à Jérusalem et témoignent du Ressucité = les Apôtres redescendent de la montagne et attendent la Resurrection pour en parler...

D'autre part, il est marrant de voir comment ce texte éclaire ce que disait le Père Habra concernant la transfiguration selon les Pères Grecs.
dans le récit d'Emmaüs, il est bien écrit que ce n'est pas le Christ qui n'est pas ressucité, mais bien les yeux des disicples qui sont empêchés de voir le Christ ressucité.
De même pour la Transfiguration, ce n'est pas le Christ qui se transfigure (car Il est transfiguré depuis son incarnation) mais ce sont les yeux des Apôtres qui s'ouvrent pour voir la chair du Christ transfiguré!
c'est la révolution anti-copernicienne cheers

Bon j'arrête ici!
Merci pour les questions,
désolé pour les erreurs qui se glissent dans les réponses
en Marie
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MessageSujet: Re: Transfiguration et "Vie intérieure"   Jeu 4 Déc - 18:11

jean-baptiste a écrit:
Une petite remarque pour Pierre : "faisons trois tentes"
à mettre en lien avec Saint Jean (Ch 1) : "le Verbe s'est fait chair et il a campé parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu'il tient du Père comme Unique Engendré, plein de grâce et de vérité" Le lien entre la tente et la contemplation de la gloire, n'est pas si bête que ça finalement!

Ce filon que tu soulignes (les résonnances de la "tente", des "tentes") est très riche et on y reviendra plus avant, si tu veux bien, quand on aura avancé. Juste un soucis d'ordre.
en Marie
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