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  Carême 2020 et quelques figures spirituelles

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Espérance

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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyVen 20 Mar - 10:20

L’abbé Pierre  : prêtre, résistant, hors-la-loi


Pendant l’occupation, pour aider le maquis du Vercors, « l’abbé Pierre », l’un de ses noms de résistant, mène une vie clandestine fort agitée  : il devient faussaire, fait passer en Suisse des juifs et des résistants, est arrêté, s’évade... Rien ne lui fait peur !


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 LAbbe-Pierre-1955_0_730_973  

L’abbé Pierre en 1955. :copyright: Wim van Rossem / Anefo/Nationaal Archief


1er septembre 1939. Depuis cinq mois, le P. Henri Grouès est prêtre du diocèse de Grenoble. Sous-officier, il est mobilisé et part pour l’Alsace. Mais la maladie, une méchante pleurésie, le ramène à l’hôpital. À la débâcle de 1940, il est à peine convalescent. L’évêque de Grenoble l’envoie en montagne comme aumônier d’hôpital. Quelque temps plus tard, de retour à Grenoble, il est nommé vicaire à la cathédrale.


Une nuit de l’été 1942, deux hommes éplorés frappent à sa porte. En leur absence, la police vient d’arrêter et d’emmener leurs femmes et leurs enfants. Avertis par leurs voisins, les deux hommes sont en fuite. Pour cacher ces deux Juifs, le P. Grouès s’adresse aux religieuses des Dames de Sion. Après tout, les relations avec le judaïsme sont leur vocation. Mais voilà, ces dames ont déjà beaucoup trop de monde. Que faire ? Pendant que la vieille supérieure lui trouve de quoi fabriquer des faux papiers, une jeune religieuse lui apprend à imiter la signature du commissaire de police. En échange, il fera passer en Suisse, avec ses deux Juifs, quelques-uns de leurs protégés. C’est ainsi que, début août, le P. Grouès passe la frontière avec douze fugitifs. Ce ne sera que le premier de nombreux autres voyages. Il fait passer en Suisse des Juifs, des réfractaires du STO, et même Jacques de Gaulle, le frère du général, gravement handicapé.


En 1943, un de ses anciens amis scouts de Lyon lui demande son aide pour installer un camp de clandestins, réfractaires au STO. Ce sera l’un des tout premiers maquis qui vont s’organiser dans le Vercors, à Malleval notamment. Grouès fait la liaison entre les groupes, apaise les conflits inévitables entre des hommes qui diffèrent radicalement par leurs origines, leur milieux sociaux, leurs opinions politiques. Il encourage et ravitaille, se prétendant malade à Grenoble pour pouvoir s’échapper trois jours en montagne, avec la complicité de son curé. C’est à cette époque que le P. de Lubac , qui fut son directeur spirituel, le met en contact avec une certaine Lucie Coutaz, qui renseigne la résistance tout en travaillant pour un partisan du régime de Vichy. Elle restera son assistante jusqu’à la fin de sa vie.


Hélas, fin 1943, il est dénoncé. Commence une vie de cache-cache qui va durer des mois. Le maquis de Malleval est découvert et anéanti par les Allemands fin janvier 1944. Ceux-ci traquent sans relâche les résistants, et parmi eux celui qu’ils connaissent désormais sous le nom de « l’abbé Pierre ». Nombre de ses amis sont arrêtés et torturés. Il accepte pourtant de faire passer des fuyards en Espagne. C’est au cours d’une de ces missions qu’il est arrêté. Mais il s’évade et gagne l’ambassade de la France libre à Madrid. De là, il s’envole clandestinement dans un avion américain vers Alger, et rejoint le général de Gaulle. À la libération, l’abbé Pierre est l’aumônier du Jean Bart, un cuirassé de la Marine en poste à Casablanca. Une autre guerre va bientôt commencer.



Document  : Jacques Chancel reçoit l’abbé Pierre (Radio France)






Texte  : Nécessité de l’indiscipline



Le général de Gaulle a dit un jour que l’histoire était faite de longues périodes de discipline et de rares indisciplines illustres. Il faut savoir choisir le temps et le sujet de l’indiscipline. (…) Pour venir en aide à un humain sans toit, sans pain, sans soins, il faut savoir braver les lois.

Il ne s’agit pas d’être inconscient ou léger, en général on doit respecter la loi. Mais toute loi est imparfaite et le législateur lui-même consacre son énergie à l’améliorer : la preuve qu’elle n’est pas intouchable. (…)

J’aimerais définir cette idée d’illégalité, c’est-à-dire le caractère sacré de la légalité et sa relativité. Dans toute société, il y a des manières d’être qui deviennent des règles, des lois. Mais telle loi, totalement justifiée quand elle est adoptée, peut – sous le coup d’événements imprévisibles – devenir radicalement illégale. Du moins en regard de ce que j’appelle la Loi des lois. À ce moment-là, on se soumet ou on se révolte. (…)

Personne ne pouvait à l’avance imaginer l’occupation allemande de 1940-1944. Mais avec la présence de l’armée hitlérienne, la personne du vieux Maréchal a tiré notre système légal du côté d’un faux ordre intolérable. Voilà pourquoi nous devions changer complètement le regard que nous portions sur la loi. L’illégal devenait légitime.

Abbé Pierre, Bernard Kouchner, Dieu et les hommes, Robert Laffont



Écouter








C’est le cœur qui fait vivre l’homme, extrait de Va !, par la Jeunesse franciscaine de Bitche, ADF Musique.

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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptySam 21 Mar - 11:14

L’abbé Pierre, de l’Assemblée nationale à Emmaüs


À la fin de la guerre, l’abbé Pierre est sollicité pour se présenter comme député. Élu, il se démènera pendant cinq ans pour les plus démunis. Parallèlement, il achète une maison qu’il retape pour en faire une auberge de jeunesse. Mais peu à peu, ce sont les pauvres et non plus les jeunes qui viendront frapper à sa porte...


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Labbe-Pierre-cotes-familles_0_509_251  

L’abbé Pierre aux côtés des familles à la rue. D. R.



La guerre vient de finir. La France est dévastée. On manque de tout, les prix s’envolent, un tiers des Français sont mal logés ou à la rue. L’abbé Pierre fait partie des rares qui s’en soucient. Pour être la voix des miséreux, il accepte de se présenter aux élections à l’assemblée constituante d’octobre 1945, au nom du tout nouveau Mouvement républicain populaire (MRP), issu de la résistance chrétienne. Parachuté par le parti en Meurthe-et-Moselle, il se lance dans le combat, parle de justice, de vraies priorités, d’humanité. Lui qui vient de voter pour la première fois de sa vie, le soir du 21 octobre, à 34 ans, le voilà député ! Il va le rester cinq ans. À sa permanence de Nancy, il reçoit tous ceux qui viennent demander de l’aide. À Paris, il se démène, rencontre ministres et journalistes, soutient des projets, propose des lois, plaide pour les pauvres. « “Servir premiers les plus souffrants”, c’était ma seule intelligence politique » (1), dira-t-il plus tard.



En 1949, on le chasse de son appartement parisien. Il faut dire que les voisins n’en peuvent plus d’entendre l’abbé fabriquer en pleine nuit ses meubles « Louis caisse » à grands coups de marteau. Il se met donc en quête d’un nouveau logement, accompagné de sa secrétaire, Lucie Coutaz. Et trouve à Neuilly-Plaisance une vieille et grande maison délabrée, sur un terrain de 5 000 m². Il l’achète, il la retape, il en fait une auberge internationale de jeunesse qu’il baptise « Emmaüs ». Il est alors président de l’exécutif du Mouvement fédéraliste mondial, ce qui l’amène à rencontrer de nombreux jeunes de tous pays, qui viendront passer leurs vacances et se retrouver à Neuilly-Plaisance. L’abbé Pierre a senti que ces jeunes de 20 ans sont perdus. Ces Français, Italiens, Anglais, Allemands ont vu leurs aînés s’entretuer. Après la guerre, dans des pays dévastés, on découvre les camps de concentration et l’horreur de la bombe atomique. Les jeunes sont en pleine désillusion. Tout comme les disciples d’Emmaüs après la mort du Christ. Alors qu’ils sont en fuite, Jésus ressuscité les rejoint et leur explique que pour le salut des hommes, il fallait qu’il meure sur la croix. Il leur ouvre les yeux. L’abbé, lui, explique à ces jeunes que le chemin de la vie, c’est la « désillusion enthousiaste », qu’il faut ouvrir les yeux pour que vienne l’enthousiasme, et que « l’enthousiasme », en grec, c'est faire un en Dieu… (2)



Un jour, alors que la maison est pleine, une famille frappe à la porte. Elle vient d’être expulsée. Pour lui faire de la place, l’abbé Pierre monte au grenier sa chapelle et le saint-sacrement. À ceux que cela scandalise, il rétorque : « Ce n’est pas dans l’hostie consacrée que Dieu a froid, c’est dans les mains et les pieds de cette mère et de ses enfants. » Emmaüs vient de se trouver une nouvelle vocation…


1 et 2. Cf. Interview du 5 décembre 1979 à Carrouge-Genève. https://www.youtube.com/watch?v=LFcYou1nnmU



Film  : Les chiffonniers d’Emmaüs (Les Films de l’Abeille-Cocinor-Nordia Films)




Un film de Robert Darène (1955) avec André Reybaz, Pierre Mondy, Gaby Morlay, Madeleine Robinson ...




Texte  : l’amour, c’est le destin des êtres libres



Quand on me pose la question : « Pourquoi venons-nous sur terre ? », je réponds simplement : « Pour apprendre à aimer ! » L’existence de tout le cosmos, dans son incalculable immensité, n’a de sens que parce que, quelque part, il y a des êtres dotés de liberté. L’homme, ce moustique infime, sur une planète minuscule, peut être écrasé par l’univers, mais il est plus grand que l’univers, comme dit Pascal, parce que non seulement il sait qu’il meurt, mais il sait qu’il peut mourir en aimant. Pour que l’Amour soit possible, il ne suffit pas qu’il y ait des montagnes, la mer, des glaciers et des étoiles, il faut qu’il y ait de l’être libre. Et cet être libre sait qu’il a une destinée : « Tu aimeras. » Nous sommes destinés à rencontrer l’Amour dont la faim se fait sentir en creux au-dedans de nous.


La liberté des hommes souvent s’égare. Pourtant, elle ne peut pas être effacée. Même s’il est vrai qu’elle est un peu effrayante, cette liberté ! Heureusement, il y a ce que nous appelons la grâce. Je prends souvent l’image du bateau, notre liberté consistant à tirer sur l’écoute pour tendre la voile… Ça ne suffit pas pour faire avancer le bateau : il faut que le vent souffle. Mais si le vent souffle alors que la voile n’est pas tendue, le bateau n’avancera pas non plus. C’est là que se joue la nécessaire complicité entre notre liberté et la liberté infinie de Dieu.



Extrait de Testament, Bayard Éditions.




Écouter  :



Le chant des marteaux, extrait de Par la confiance et l’amour, par la Jeunesse franciscaine de Bitche, ADF Musique.   


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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyLun 23 Mar - 10:48

L’abbé Pierre et les chiffonniers


Une communauté de mendiants et de vagabonds se forme à Emmaüs. L’un d’entre eux suggère, pour la faire vivre, de récupérer et de recycler ce que jettent les riches. Les chiffonniers d’Emmaüs sont nés. Et voici que se lève le glacial hiver 1954...


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Labbe-Pierre-compagnie-chiffonniers-dEmmaus_0_730_456  

L’abbé Pierre en compagnie des chiffonniers d’Emmaüs. D. R.


En octobre 1949, on signale à l’abbé Pierre le cas de Georges. De retour en métropole après vingt ans pour meurtre au bagne de Cayenne, Georges se retrouve sans argent, sans amis, sans famille, et vient de faire une tentative de suicide. L’abbé va le voir et lui déclare : « Je n’ai rien à te donner, j’ai abandonné ma part d’héritage et je suis criblé de dettes. Mais toi, tu peux m’aider. Aide-moi à en aider d’autres. » Georges s’installe à Emmaüs, bientôt rejoint par toutes sortes de vagabonds, de mendiants, de fugueurs. La communauté, 18 personnes en 1950, vit du salaire de député de l’abbé et de celui de Lucie Coutaz, qui travaille à mi-temps à l’extérieur, ainsi que de quelques dons.



Mais en juin 1951, l’abbé Pierre a quitté le MRP, et n’est pas réélu à l’Assemblée. Il perd son salaire. L’argent fait gravement défaut, et le voilà qui mendie en cachette dans les rues, alors que la mendicité est proscrite à Emmaüs ! L’ayant appris, les compagnons lui proposent une solution, la biffe : récupérer et recycler des objets au rebut. Et ça marche ! « Vous tous qui avez plus qu’il ne faut, regardez ce que nous, les pauvres, sommes capables de faire avec vos ordures, avec votre gaspillage. Que ne ferions-nous pas si vous vous y mettiez ? », s’écriera plus tard l’abbé Pierre. Dès 1952, ils sont quelque150 compagnons à vivre, et à aider 600 familles à vivre. L’abbé achète des terrains et construit des logements d’urgence, sans même attendre de permis de construire. « Ne vaut-il pas mieux voir vivre illégalement que voir mourir légalement ? », dira-t-il à ceux qui s’en offusquent. Il participe au jeu radiophonique Quitte ou double : il y gagne 256 000 francs et un début de notoriété.



L’année 1954 connaît un hiver glacial. Malgré le froid, des milliers de pauvres gens, ne pouvant payer leur loyer, continuent d’être expulsés. L’abbé écrit au ministre du logement, alerte la presse et distribue des boissons chaudes avec les chiffonniers dans les rues de Paris. Le 1er février, une femme meurt de froid sur un trottoir, serrant contre elle son avis d’expulsion. On vient d’enterrer un bébé de trois mois… C’en est trop. À l’antenne de Radio Luxembourg, avec l’aide d’un journaliste de La Croix, l’abbé Pierre lance un appel déchirant : « Mes amis, au secours, une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol... ». L’appel déclenche un raz-de-marée inattendu de bonté, de générosité, de fraternité. Les dons affluent de partout. Les enfants donnent leur argent de poche, les célébrités des millions. On croule sous les vêtements et les couvertures, qu’il faut trier, entreposer, distribuer. Les courriers pleuvent, 6 000 lettres par jour. L’abbé force les autorités à ouvrir les stations de métro désaffectées. Le Parlement, qui venait de refuser d’affecter un milliard de francs à la construction de logements d’urgence, débloque dix fois plus. Et votera deux ans plus tard la loi qui instaure la trêve hivernale.



Fort de ce succès, et bien que de manière assez chaotique au début, le mouvement Emmaüs se développe considérablement, en France et à l’étranger : 360 associations œuvrent aujourd’hui dans 37 pays. Jusqu’à la fin, l’abbé Pierre continuera inlassablement de se faire la « voix des sans voix », lancera d’autres appels, d’autres coups de gueule. « C’est extraordinaire de se mettre en colère avec tant de bonté », dira de lui Bernard Kouchner au soir de sa mort, le 22 janvier 2007. C’est que les colères d’Henri Grouès s’enracinaient dans une foi inébranlable, foi en la bonté et en la dignité humaines, foi en l’Amour.


Vidéo  : L’abbé Pierre raconte l’appel de 54 (Fondation Abbé Pierre)






Texte  : La colère, signe de l’amour




Sans doute pour faciliter leur tâche difficile, les éducateurs ont coutume d'aligner la colère parmi les vices. C'est bien grave et pervertissant. Si la colère, tout court, était vice, comment pouvoir échapper à l'affirmation de vice en Jésus ? Lorsqu'Il renverse les tables des changeurs et chasse les bêtes du temple, ce ne sont pas des gestes symboliques de colère, mais bien réels..., puisque les bêtes sortent ! Et lorsqu'Il invective, démasquant les hypocrisies, ce ne sont pas colères fictives puisqu'on L'en fera mourir.



Quel Amour serait Amour vrai s’il était sans colère quand l’aimé est maltraité, bafoué, détruit ? Une mère qui serait sans colère voyant battre son petit enfant, serait-elle aimante ? La colère est le signe infaillible de où est notre amour.



Si nous nous emportons parce que l’on nous vexe, ou l’on nous contrarie, ou parce que nous ne sommes pas gagnants, il est clair que c’est de nous que nous sommes occupés et non d’aimer.



Si nous sommes sans colère quand nous voyons les autres bafoués, exploités, humiliés, il est clair que nous ne les aimons pas.



Ce qui peut être vice en la colère, ce n’est pas la colère, mais son motif injustifié, dérisoire, ou sa disproportion avec son objet. Un jour, questionné sur le racisme, je ne pus que dire : « Être raciste, c’est se tromper de colère. »



L’irascible est une des virtualités nobles, une des forces de l’Amour. En user bien est l’un des devoirs, une des conditions de l’authenticité de l’Amour.



(…) J’ai plus de remords dans ma vie pour les colères que je n’ai pas eu le courage de vivre, que pour celles que j’ai mal su maîtriser.



Emmaüs ou venger l’homme, Bernard Chevallier interroge l’abbé Pierre, Livre de Poche.


Écouter  :






Vous serez vraiment grands, extrait de Va !, par la Jeunesse franciscaine de Bitche, ADF Musique.

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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyMar 24 Mar - 10:37

L’abbé Pierre, vers « le toujours de l’au-delà du temps »


L’abbé Pierre n’attendait qu’une chose depuis son enfance  : la vie dans l’éternité, une vie « de plein soleil et d’eau claire ». Loin de craindre la mort, il attendait avec impatience la rencontre avec Dieu. Ses combats très concrets se sont toujours enracinés dans une dimension spirituelle forte, presque mystique.


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Portrait-labbe-Pierre-1999_0_591_735  

Portrait de l’abbé Pierre en 1999. :copyright: Studio Harcourt


« Ah ! Les cloches de Pâques !/Mourir en un matin de cloches,/mourir en l’un de ces matins/où la terre entière avoue/tout ce que l’Amour contient... » C’est à Assise, à l’âge de quinze ans, que le jeune Henri Grouès écrit ces mots, au son des cloches de toute la ville qui se sont mises à carillonner ce matin-là. La mort, il la désire depuis qu’il a neuf ans. Un jour, il demande instamment à la Vierge de venir le chercher. En vain. De déception, l’enfant passe la nuit suivante à pleurer. « Ce n’est pas quelque chose de morbide. C’est la soif de plein soleil et d’eau claire » (1), expliquera-t-il.



À 11 ans, il perd son grand-père maternel, qu’il aimait beaucoup. Il ne comprend pas pourquoi l’on pleure autour de lui : « Pourquoi faites-vous tous cette tête-là, puisqu’il est chez le Bon Dieu ? » « Ni pour mon père, ni pour ma mère, ni pour Mademoiselle Coutaz, je n’ai versé une larme », écrit-il. « Les morts dont j’ai été témoin m’ont toujours paru être un moment d’accomplissement : celui où Dieu cueillait sa fleur. » (2)


Il lui faudra pourtant attendre longtemps l’instant d’être cueilli. Ni la maladie, fréquente, ni les risques pris pendant la guerre, ni même le naufrage du cargo qui l’emmène en Argentine en 1963, ne parviendront à l’emporter. En attendant les sauveteurs cette nuit-là, de longues heures durant, l’abbé Pierre est persuadé qu’il va mourir  : « une paix d’enfant me venait, en même temps que l’engourdissement dans l’eau glacée. » (3) « Je me suis abandonné comme un enfant, avec une sérénité extraordinaire, l’âme remplie par une pensée unique : quand on a mis sa main dans la main des pauvres, on trouve la main de Dieu dans son autre main. Depuis ce jour, je sais que la mort est un rendez-vous longtemps retardé avec un ami. L’attente comblée. » (4) C’est le 22 janvier 2007, à l’âge de 95 ans, que l’abbé, enfin, obtiendra ce rendez-vous tant attendu.

1, 2, et 4. Testament, Bayard


3. Emmaüs ou venger l’homme, Bernard Chevallier interroge l’Abbé Pierre (Livre de Poche).



Vidéo  : L’abbé Pierre, la voix des sans voix (Emmaüs)




Texte  : « Creuse en toi des appétits »


La mort se résume à cette simplicité : c’est une sortie de l’ombre. On vit dans l’ombre, l’ombre du temps. Pour moi, la béatitude ou la damnation, c’est, au moment de la sortie de l’ombre, des ombres du temps, se voir tel que l’on s’est fait. Tu t’es fait suffisant, suffis-toi. La damnation, c’est être condamné à se regarder à perpétuité dans la glace, soi tout seul avec sa prétendue suffisance… Et la béatitude, c’est le creux qui est en moi, comblé. Saint Thomas d’Aquin, dans son inépuisable théologie, écrit – c’est charmant, mais c’est raisonné – que la béatitude originale de chacun sera caractérisée par ce qui aura été sa recherche, son intérêt passionné. Un musicien aura une béatitude de musicien. Un mathématicien aura une béatitude dans l’éblouissement de la combinaison des chiffres, des nombres. Donc, creuse en toi des appétits car c’est dans la mesure où tu seras insatisfait que tu trouveras satisfaction.

Abbé Pierre, Bernard Kouchner, Dieu et les hommes, Robert Laffont



Écouter  :


Voici mon bien-aimé, extrait de Va !, par la Jeunesse franciscaine de Bitche, ADF Musique.

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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyMer 25 Mar - 19:22

P. Pierre Ceyrac

Sortir de chez soi


Né dans une famille de la grande bourgeoisie corrézienne, Pierre Ceyrac a puisé dans l’amour et la foi, reçus dans son enfance, la sécurité nécessaire pour mûrir une vocation missionnaire et s’aventurer en Inde.


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Pere-Pierre-Ceyrac-Madras-1988_0_640_426




Pudique, Pierre Ceyrac a très peu parlé de son enfance si ce n’est pour dire le bonheur qu’elle fut. Né le 4 février 1914 à Meyssac en Corrèze, il est le deuxième enfant d’une famille de six. Son père, Paul Ceyrac, est notaire comme l’étaient son père et son grand-père. Sa mère, Suzanne Murat de Montaï, est originaire du Lot. « C’est à eux que je dois tout, ainsi qu’au cercle familial dans lequel j’ai grandi et qui m’a «façonné», qui m’a donné mes premières manières d’être et de penser », écrit-il en 2000 (1). Pierre et ses frères et sœur grandissent dans le milieu protégé de la grande bourgeoisie de province entre leur maison et les maisons de famille où ils passent des vacances joyeuses avec leurs cousins et cinq tantes religieuses : La Serre, la propriété des Ceyrac entre Meyssac et Collonges-La-Rouge, et Assier, la maison natale de leur maman. Dans ce climat uni, tendre, et profondément croyant, le jeune Pierre fait très tôt l’expérience d’un Dieu à l’amour inconditionnel. « C’est de famille, commente-t-il dans un article du Figaro Madame du 18 décembre 2004. Il y a une chose dont je n’ai jamais douté, que je sais depuis mon enfance, d’une façon incroyablement forte, c’est que Dieu m’aime, qu’il nous aime tous, comme nous sommes. »



Quelle réponse Pierre va-t-il donner à cet amour ? À 8 ans, dans une rédaction, il raconte comment il se voit plus tard sauver quelqu’un de la noyade ! Adolescent, élève au collège jésuite de Sarlat, il entend parler de saint François Xavier, « l’apôtre des Indes », compagnon de saint Ignace de Loyola. Et à 15-16 ans, il sait qu’il souhaite devenir missionnaire en Inde comme son oncle Charles, le frère de son père, dont des nouvelles arrivent par lettres. « Je me suis dit qu’il faudrait un jour le remplacer », témoigne-t-il devant sa tombe dans un film de 2006 (2). C’est aussi simple que cela ! Une fois bachelier, en octobre 1931, il décide donc d’entrer dans la Compagnie de Jésus. Pour éprouver sa vocation, son père qui souhaite le voir entrer à l’École Centrale, l’emmène une semaine en tête-à-tête à Paris. Au programme : théâtres, concerts, musées… Mais le jeune Pierre confirme son choix de devenir religieux et prêtre avec l’Inde pour promesse. Celle-ci devient réalité en 1937 quand il embarque pour l’Asie après avoir dit au revoir à son père dans l’église de Meyssac. Il ne le reverra pas. « Pour avoir une grande vie, pour avoir une vie qui a de la valeur, il faut sortir de chez soi. Si on reste enfermé dans sa maison, la vie n’est jamais une aventure, un combat. Il faut un jour partir, avoir le courage de partir » (3).



(1) Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu, DDB 2000, p. 14
(2) et (3) Père Ceyrac, Father India, documentaire de Béatrice Limare, 26 minutes, CFRT/France 2, 2006




Texte  : « On ne passe qu’une fois le chemin de la vie »



Dans la symphonie du monde, chacun de nous n’est qu’une note, mais une note unique. Si cette note n’était pas là, la symphonie ne serait pas la même, il lui manquerait quelque chose.

Chaque personne est ainsi une histoire sacrée, je dirais même un mystère. De même que chaque homme porte sa propre note, chaque homme trace un chemin unique, différent des autres. La vie est une grande aventure, une marche vers un point, vers un Autre. D’où l’importance incroyable de chaque seconde. Chaque moment a une valeur absolument éternelle. Chaque moment est lourd de sens, c’est de l’or qu’il nous faut engranger. On ne passe ainsi qu’une fois le chemin de la vie. On bâtit à chaque seconde, dans le temps, notre physionomie éternelle : nous serons pour toujours ce que nous faisons aujourd’hui. Chaque moment est pour toujours. Poids et fidélité de chaque instant…

Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu, DDB 2000, pp. 20-21

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Pour aller plus loin : Pierre Ceyrac ou la grâce d’aimer, par Anne-Sophie Constant, Albin Michel, 2020, 240 p.



Écouter



«Donne-moi seulement de t’aimer » (la prière d’Ignace de Loyola, tradition chrétienne), Hulard Sébastien/Pfister M./Ensemble vocal Resurrexit, extrait de Les voix de la fraternité, la prière des traditions religieuses, Bayard Musique.


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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyJeu 26 Mar - 10:34

Apprendre l’Inde : l’expérience d’une renaissance


En 1937, Pierre Ceyrac débarque à Madras, son rêve de l’Inde au cœur. Quinze ans d’études vont l’introduire dans une culture totalement autre que la sienne. Pour devenir missionnaire, il lui faut « quitter le vieil homme », se déplanter et se replanter dans une autre terre, pour toujours.


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Pere-Pierre-Ceyrac-Madras-1988_0_639_426  




Octobre 1937. Dans le port de Marseille, Pierre Ceyrac embarque sur le Sphinx pour un mois de traversée jusqu’en Inde. Il a 23 ans, au cœur l’enthousiasme de saint François Xavier et le magis (davantage) de saint Ignace de Loyola : « Une marche à l’Étoile ! C’est bien ça le sens profond de nos vies… Une marche, une aventure qui ne s’arrête jamais… toujours plus avant, toujours plus vers le grand large. » (1) Dans sa valise, le scolastique a emporté les Pensées de Pascal, et des textes de Teilhard de Chardin. Il sort de six années de formation. Il va étudier encore quinze ans les cultures, les langues et les religions. Il lui faut franchir l’énorme fossé culturel qui le sépare de l’Inde, entrer dans une culture totalement différente dans laquelle il n’a aucun repère et se trouve « perdu comme un enfant ». Pendant ces années d’acculturation, il apprend avec passion le sanskrit et le tamoul – il est ainsi le premier Européen licencié en sanskrit et en tamoul de l’université de Madras. Il parle également l’hindi et l’anglais ; cinq langues au total ! Il étudie la philosophie à Shembaganur, dans le sud du pays, puis la théologie à Kurseong, dans le nord, au pied de l’Himalaya. C’est là qu’il est ordonné prêtre le 21 novembre 1945, face à l’Everest, un jour de « brouillard » où il se sent triste et seul. Il est vrai que sa famille est loin. Toute sa vie, il ressentira comme la plus grande souffrance des missionnaires, « ni la chaleur, ni les privations matérielles, ni l’inconfort des pauvres maisons de brousse. Mais la solitude !… Seuls, loin de toute compagnie, ayant les plus grandes difficultés à jamais franchir complètement le «gap» (fossé) culturel, en dépit de tous leurs efforts d’inculturation, d’études des langues et des cultures. » (2)


Parmi les figures de missionnaires auxquelles il pense, il y a bien sûr son oncle Charles, jésuite, curé enfoui dans un village et qui l’a accueilli à son arrivée, mais surtout le père Jules Monchanin. Arrivé en Inde en 1939, cet intellectuel brillant, amoureux de l’Inde, fondera en 1950 avec un bénédictin de Kergonan, le père Henri Le Saux, l’ashram de Shantivanam. Le père Monchanin suggère à Pierre Ceyrac de prendre comme devise de vie missionnaire une parole du livre de Ruth : « Partout où vous irez, j’irai. Là où vous vivrez, je vivrai aussi ; votre peuple sera mon peuple et votre Dieu, mon Dieu… » Pour ces hommes, la vocation missionnaire constitue une sorte de Pâque, « une renaissance, une réincarnation » : « De la même manière que le Christ s’est vidé de lui-même pour devenir l’un de nous à jamais, ainsi le missionnaire a à renaître, pour devenir éternellement un avec son peuple. » (3)


(1) Pierre Ceyrac ou la grâce d’aimer, par Anne-Sophie Constant, Albin Michel, 2020, p. 29
(2) Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu !, DDB 2000, pp. 92-93
(3) Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu !, DDB 2000, p. 37







Texte : « Nos racines sont en haut »


Quelles sont nos racines ? Quelle est notre origine ? D’où venons-nous ? Une question que l’on se pose de plus en plus, et qui reçoit des réponses fort différentes selon les cultures. L’Inde a sa réponse aussi, assez générale sans doute, mais qui n’est pas sans profondeur et qui est assez proche de la réponse chrétienne. «Nos racines sont en haut.» Je ne viens pas d’en bas, mais je viens d’en haut, comme les racines de ce grand arbre que l’on voit souvent le long des routes de l’Inde, le banian tree – ou tout simplement le banian. Arbre étonnant de dimension (parfois de petits temples trouvent place entre ses racines), de longévité (comme les banians du centre international de théosophie, à Madras, parmi lesquels certains ont, paraît-il, entre quatre cents et cinq cents ans), et enfin arbre étonnant dans sa morphologie : on ne le plante pas, il se plante lui-même, en laissant tomber ses racines d’en haut, comme de grandes lianes qui, si on ne les coupe pas, descendent jusqu’au sol, y prennent racine pour produire un nouvel arbre ; un seul arbre peut ainsi devenir une forêt.

Comme les banians, nos racines sont en haut, viennent d’en haut. Une idée semblable se trouve dans la forme même du continent indien (…) qui a ses racines dans la demeure des dieux (les Himalayas) et s’enfonce dans la mer (qui représente le chaos et l’obscurité, le «maya cosmologique») comme les mains jointes pour la prière. Magnifique image qui nous rappelle combien fortement il nous faut être enracinés en haut pour pouvoir sans danger descendre très profond en bas.

Banian trees, configuration géologique de l’Inde : de belles images sans doute, mais beaucoup plus que des images, des symboles, des parties intégrantes de ce grand «message» de l’Inde qui nous rappelle que nous portons tous dans notre caverne intérieure (guha) une étincelle qui nous vient d’en haut, cette petite voix intérieure qui nous guide, antar-yamin, et dont parlait le Mahatma Gandhi.

Mes racines sont dans le Ciel, Presses de la Renaissance, octobre 2004, ppp. 13-14-15.

Pour aller plus loin : Pierre Ceyrac ou la grâce d’aimer, par Anne-Sophie Constant, Albin Michel, 2020, 240 p.

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« Om Jay Jagdish Haré Prabhu Jay Jagdish Haré » (Tradition hindoue), Auckle Anita/Quirin Lata/Reedoye Luxshmi/Seevatheean Elane/Murday Yoven/Seevatheean Manorgaden, extrait de Les voix de la fraternité, Bayard Musique.

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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyVen 27 Mar - 10:16

Accomplir la justice par amour


Nommé aumônier national des étudiants catholiques d’Inde, le père Ceyrac va mettre l’Inde en chantier et travailler à abolir les frontières entre les castes.


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Pierre-Ceyrac-Madras-1988_0_640_426  




On le destinait à être professeur de sanskrit, mais le père Ceyrac rate un examen de théologie. Qu’à cela ne tienne, en 1953, il est nommé aumônier national des étudiants catholiques d’Inde et s’installe au Loyola College de Madras qui devient pour toujours son port d’attache. « C’est là que ma vie a commencé, témoigne-t-il en 2004. Je dis toujours à mes étudiants quand ils ratent leurs examens : cet échec, c’est sans doute justement ce dont tu avais besoin. Nos échecs, nos bêtises, nos souffrances, c’est peut-être le plus beau cadeau que Dieu nous fait. «Umbra lux Dei», disait saint Bernard. L’ombre est la lumière de Dieu sur nous comme celle du soleil sur un cadran solaire. » (1)



Le voici qui sillonne le pays à moto, en bus, en train pour rencontrer les étudiants des 86 universités implantées par les jésuites en Inde et bâtir un mouvement, l’AICUF (All India Catholic University Federation), qui rassemblera plus de 80 000 jeunes. On le connaissait intellectuel, on le découvre actif et meneur d’hommes ! En 1957, il lance son premier chantier : 80 étudiants de toutes religions et castes construisent une route de trois kilomètres pour relier un village sans eau ni électricité à la ville de Pondichéry. Puis ils bâtissent un quartier à Madras avec des personnes à la rue. En 1967, à la suite d’une grande famine dans le Bihar, Pierre Ceyrac a l’idée de la ferme pilote de Manamadurai, un projet de développement durable avant l’heure qui fera vivre plus de 250 000 personnes à la fin des années 1970. De là, sera lancée l’opération « Mille puits » en 1975 pour fournir en eau potable des villages du sud. Dans son action, une constante : travailler avec les pauvres, manger avec eux… Mêler les futures élites du pays aux dalits (« les écrasés ») et aux intouchables, et ainsi « pilonner » doucement le système des castes. En cela, il « a une dimension politique, commente le jésuite Maurice Joyeux (Le Point, 7 mai 2002). Il fait partie de la génération qui a vu l’Inde accéder à l’indépendance. Dans ce sens-là, il est un «non-aligné». »



Il est surtout un missionnaire pour qui, sans le combat pour la justice et les pauvres, la foi est stérile ! Dès 1967, des étudiants étrangers, français notamment, se joignent aux chantiers. À tous, Father Ceyrac dit : « Nous sommes des hommes, des femmes pour les autres. (…) la seule tristesse, la seule tristesse, c’est de ne pas aimer. Lorsqu’on aime, on n’est jamais triste. La seule tristesse, c’est de ne pas aimer. Et aimer, c’est toujours le don de soi-même aux autres, pas forcément le don des choses que l’on a mais le don total. » (2) Pour lui, ce don total est exprimé dans une phrase en sanskrit inscrite dans le livre d’or d’une léproserie : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu. » Après quinze ans au poste d’aumônier des étudiants, Pierre Ceyrac choisit d’aller vivre avec les pauvres.



(1) Figaro Madame, 18 décembre 2004.
(2) Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu !, DDB 2000, p. 23-24




Vidéo  : Pierre Ceyrac, prophète en Inde (KTO)




« Et les autres ? »

C’est une question grave, essentielle, qui dérange. Et mon frère qui ne croit pas ? Et mon frère qui a faim ?… C’est en fait la première question que Yahveh posa à l’humanité, au premier homme né d’une femme : Caïn. Ce dernier avait tué son frère Abel par jalousie. «Où est ton frère ?», demanda alors Yahvé à Caïn. Où est mon frère dans les bidonvilles de Bombay, les favelas de Rio de Janeiro, dans les banlieues dures de nos grandes villes d’Occident ? Où est mon frère en Chine, en Russie, ou ailleurs ? Question capitale qui engage nos vies et les domine. Car c’est sur cette relation à mon frère, sur elle seule qu’au soir de nos vies nous serons jugés. Mon frère ? Qu’est-ce que j’ai fait pour lui ? Qu’est-ce que je n’ai pas fait ? Qu’aurais-je dû faire ? C’est sur cet amour pour mon frère que je serai jugé : «Tout ce que tu as fait pour lui, c’est à moi que tu l’as fait», a dit Jésus. Une telle question posée par Yahveh à Caïn traverse les siècles et résonne jusqu’à nous. »

Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu !, DDB 2000, p. 15

Pour aller plus loin : Pierre Ceyrac ou la grâce d’aimer, par Anne-Sophie Constant, Albin Michel, 2020, 240 p.

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« Avanasip Pattu », Seevatheean Elane/Murday Yoven (tradition hindoue), extrait de Les voix de la fraternité, la prière des traditions religieuses, Bayard Musique.





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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptySam 28 Mar - 10:14

Le Darshan, c’est le visage du pauvre



Toute sa vie, le Père Ceyrac a cherché le visage du Seigneur. En Inde, il a trouvé la beauté de Dieu dans le regard des pauvres qu’il a approchés avec un infini respect.


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Pierre-Ceyrac-Madras-1988_0_640_426  


Pierre Ceyrac est venu en Inde pour chercher le visage du Seigneur. Il va le trouver dans le regard des pauvres. Et cette vision est pour lui une vision de beauté. Il n’a de cesse d’inviter ceux qui viennent le voir à recevoir cette beauté de l’Inde dans ses paysages, sa culture, ses habitants. La religion hindouiste a davantage le sens de Dieu, explique-t-il. Le grand désir de l’Inde, c’est la vision de Dieu - le Darshan en hindou. Dans la culture indienne, l’important est ce qui ne se voit pas, l’invisible, la transcendance : tout y est symbole, signe de la présence de Dieu. C’est pourquoi l’Inde peut nous aider à mieux comprendre l’Esprit, l’Atma, le reflet de l’immense beauté de Dieu en nous. Mais le christianisme a davantage le sens de l’homme. « Pour l’hindou, la matière, l’espace et le temps sont des illusions cosmiques dont il faut sortir. La personne elle-même est une illusion, souligne-t-il. […] Résultat : sur les trottoirs de Calcutta ou de Madras, seuls les chrétiens s’arrêtent pour aider l’homme, la femme ou l’enfant qui meurent. L’hindou, lui, ne s’arrête pas instinctivement. Il considère que cette personne vit son karma et qu’elle renaîtra autrement. » (1)



Imprégné du mystère de l’Inde, en quête de cette beauté, cet amour, cette lumière, et guidé par la parole de l’Évangile « Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites » (Matthieu, chapitre 25), le jésuite va à la rencontre des plus pauvres dans les bidonvilles et les campagnes les plus reculées. Il faut, dit-il, les approcher avec « un respect presque religieux, beaucoup d’humilité et d’amour ». Alors seulement on peut comprendre le grand message de l’Inde, celui que lui ont transmis le Mahatma Gandhi et Mère Teresa : « L’être est plus grand que l’avoir. »



Lui-même s’est laissé dépouiller. Détaché de son apparence, le bon père a abandonné la soutane blanche élégante du missionnaire pour un éternel pantalon de toile et polo, des baskets aux pieds. Son seul bien est son bréviaire. Avant de sortir, il emplit ses poches de bonbons et d’argent. « Ne jamais refuser. Toujours donner, donner et donner avec un grand respect. Toucher, il faut toucher la personne à qui l’on donne, surtout si c’est un lépreux ou un «intouchable» » (2) Dans le documentaire Father India (CFRT, 2006), on le voit ainsi prendre avec tendresse les mains atrophiées d’une femme lépreuse, s’émerveiller de son regard. Contemplatif dans l’action, il est convaincu que « l’on saccage un pays si on en fait un pays de consommation » et que la solution viendra des pauvres pour notre monde riche et malade. « Les problèmes du monde sont une affaire de manque d’amour et de partage, confie-t-il à La Croix (1er décembre 2003). Il nous faudra bien comprendre un jour qu’il nous faut partager !»



(1) La Vie, 27 janvier 2000.
(2) Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu !, DDB 2000, p.73




Un texte  : « L’amour pour moi, c’est trois choses essentielles »




Premièrement, le respect : avoir un grand respect de l’autre, surtout du pauvre, du petit, de l’enfant. Plus ils sont pauvres, plus il faut les respecter. Si on ne respecte pas, on n’aime pas !

Deuxièmement la tendresse. Cette grande tendresse de Dieu dont parle si souvent la Bible. Un homme qui est dur avec ses enfants, sa femme, il ne les aime pas vraiment. Il faut beaucoup prendre dans ses mains, beaucoup embrasser.

Et troisièmement, l’identification. Pas de «eux» et «nous» ; pas de «toi» et «moi» ; mais «nous», toujours «nous», comme dans le mariage ! Ne jamais dire «eux» et «nous». Dire toujours simplement «nous» : nous les réfugiés, nous les lépreux, nous les Indiens. «Eux et Nous», c’est un réflexe presque colonial qui sépare au lieu de réunir. »

Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu !, DDB 2000, pp. 74-75


Pour aller plus loin : Pierre Ceyrac ou la grâce d’aimer, par Anne-Sophie Constant, Albin Michel, 2020, 240 p.



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Bleu Alep, de Simon Mary, extrait de Krystal Mundi, Label Ouest.


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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyLun 30 Mar - 10:52

« La blessure de la frontière », dans les camps avec les réfugiés


En 1980, Pierre Ceyrac part en mission en Thaïlande dans des camps de réfugiés cambodgiens et vietnamiens. Il restera profondément marqué par cette expérience qui le relie à la Passion du Christ.


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Pierre-Ceyrac-Madras-1988_0_640_426  




En 1980, Pierre Ceyrac a 65 ans. La Caritas de Thaïlande est débordée par l’afflux de réfugiés qui fuient le Cambodge après l’arrivée des Vietnamiens et l’ouverture des « camps de la mort » abandonnés par les Khmers rouges. Sur une proposition du provincial des Jésuites, le missionnaire part à la tête d’une équipe de onze personnes pour une mission humanitaire de six mois. Il va rester quatorze ans dans les camps avec 250 000 réfugiés cambodgiens et vietnamiens, retenus derrière des barbelés sous la surveillance d’hommes armés. « Si un enfant traversait les barbelés, on lui tirait dessus !, raconte-t-il en 1998. C’est là que j’ai pu mettre en application ce que l’Inde et Gandhi m’avaient enseigné : «Il est plus important d’aimer que de faire.» Chaque jour, lorsque je parcourais les quatre-vingts kilomètres qui séparaient le camp de notre base, que je passais les sept barrages de l’armée, je me redisais cette phrase de saint Jean de la Croix : «Tout mon exercice est d’aimer.» » (1)



Dans les camps, le père Ceyrac partage l’angoisse des « plus pauvres des plus pauvres »…, celle d’un peuple «complètement déboussolé qui est dans la Ténèbre, un tunnel. » (2) Il fait l’expérience de son impuissance et, quand une personne de passage lui demande ce qu’il fait là, il répond qu’il ne fait rien, que l’important c’est d’être présent. En réalité, pendant ces années, il va se battre pour le droit à l’éducation des réfugiés et créer des collèges techniques, des lycées, et même une université. Mais il restera profondément marqué par cette « blessure de la frontière » où les réfugiés vivent « l’agonie de Jésus-Christ ». Il évoque ainsi une Semaine sainte sous les bombardements de l’armée vietnamienne : « Le Seigneur était crucifié dans les camps. Les maisons avaient été brûlées, les gens blessés. Ils fuyaient dans les montagnes en feu. Alors on en prend conscience : c’est la Passion du Seigneur. Le cri vers le Seigneur : C’est lui. (…) Je n’ai jamais eu d’expérience mystique du Seigneur mais cette expérience quotidienne du Seigneur dans son corps est très impressionnante, vous savez. » (3)



Lui, le non-violent, éprouve que « trop, c’est trop » ! « Je me souviens de ces hommes qui essayaient d’émigrer et qui venaient me voir les larmes aux yeux en disant : «J’ai encore été rejeté», témoigne-t-il encore en 1998. L’un d’entre eux s’est pendu ; au pied de l’arbre, il avait laissé une lettre : «J’ai été rejeté par tous les pays, il ne me reste qu’un seul pays, celui de la mort»… Parfois je suis tellement en colère. Il faut que la France reste une terre d’asile. […] Si l’on ne peut pas tout faire, on peut faire davantage… et surtout ne pas séparer les familles. » (4) Et de rappeler la suite de Matthieu 25 : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » En 1993, le père Ceyrac assiste au départ du dernier car de réfugiés. En pleurs, il les salue de la main.



(1) et (4) L’Actualité religieuse n° 166, 15 mai 1998
(2) et (3) Cité dans Pierre Ceyrac ou la grâce d’aimer, par Anne-Sophie Constant, Albin Michel, 2020, p. 146-151




Vidéo  : un Noël avec les réfugiés cambodgiens (1981)




Joie des retrouvailles

Quelle joie, les retrouvailles quand on pensait ne jamais se retrouver. Cela me rappelle les camps du Cambodge où à chaque semaine, à chaque mois, des bus venaient de la frontière à plus de 300 km. Des réfugiés qui avaient échappé aux camps des Khmers rouges y étaient transportés. Une vingtaine de cars arrivaient ensemble dans les camps de transit avant le départ de ces femmes et hommes pour l’Occident, «les troisièmes pays». Lorsque le convoi arrivait, tout le camp se précipitait sur les barbelés pour voir si, parmi ces gens descendant des autobus, il n’y avait pas quelqu’un qu’ils avaient connu, un être qu’ils avaient aimé. C’était bouleversant d’entendre le cri d’une femme ou d’un homme qui disait : «Ah, c’est toi et je n’avais jamais pensé te retrouver. Je croyais que c’était jamais plus.» Mais non ! Quelquefois le «jamais plus» devient, déjà, dès ce monde-ci, faux pour certains. Et pour tous, il y aura les grandes retrouvailles plus tard, où l’on se dira à travers l’éternité «Ah, c’est toi !»
Et ce sera pour toujours.
Et on sera ensemble pour toujours.


Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu !, DDB 2000, p. 106-107



Pour aller plus loin : Pierre Ceyrac ou la grâce d’aimer, par Anne-Sophie Constant, Albin Michel, 2020, 240 p.



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« Om Jay Jagdish Haré Prabhu Jay Jagdish Haré » (Tradition hindoue) , Auckle Anita/Quirin Lata/Reedoye Luxshmi/Seevatheean Elane/Murday Yoven/Seevatheean Manorgaden, extrait de Les voix de la fraternité, Bayard Musique.





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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyMar 31 Mar - 10:18

Aimer davantage


Après les camps de réfugiés, Pierre Ceyrac rentre en Inde. Dans la dernière période de sa vie, il va s’occuper d’enfants et se faire de plus en plus petit.


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Pere-Pierre-Ceyrac-Madras-1988_0_640_427  



1993. Quand Pierre Ceyrac revient en Inde après quatorze ans dans les camps de réfugiés en Thaïlande, il s’y sent comme un étranger. Même dans la Compagnie de Jésus, le missionnaire fait partie du passé. À 80 ans, il fait l’expérience du vide et du dépouillement. Ce sont les pauvres qui vont le sauver de ce désarroi. « Lorsque je suis moi-même parfois épuisé, découragé, je tourne mon regard vers les plus pauvres, je me force à mesurer ma propre misère à l’aune de la souffrance des autres et, alors, je redresse la tête, je sais que je n’ai pas le droit de m’appesantir sur moi-même. Ce qui nous sauve, c’est de penser à l’autre… », commente-t-il en 2003 (1). Le père Antony Raj va alors l’embaucher dans sa lutte pour la promotion des dalits – « les exploités, les opprimés » – devenue l’option prioritaire de la province jésuite de Madurai en 1989. Plus politique, cette lutte se traduit par des manifestations, des grèves, l’encouragement des « intouchables » à prendre leur place. En 1997, un centre d’éducation et de formation professionnelle est ainsi fondé pour les enfants dalit à Madurai. Un photographe, Kalei, vient également demander de l’aide au père Ceyrac. Sans maison ni revenu fixe, ce célibataire a adopté 38 enfants des rues – orphelins, enfants de lépreux, de prostituées… « Je vous ai vu en songe », lance-t-il au Father en guise de recommandation lorsqu’il vient le trouver au Loyola College. Ensemble, ils fondent le mouvement « Les Mains ouvertes » ou « Les Mains d’amour » qui accueille des milliers d’enfants dans des centres où ils sont confiés à des veuves, qui trouvent là un refuge, et à des jeunes filles qui se constituent une dot grâce à ce travail. Pierre Ceyrac veut encore s’occuper d’une enfant atteinte de la polio, mais le chirurgien lui explique qu’il arrive sept ans trop tard pour qu’elle puisse être soignée. Alors il se lance dans la construction d’un centre pour enfants atteints de ce mal. Jusqu’au bout, il répond où on l’appelle, parcourt les routes, agit et transmet l’œuvre à d’autres. Propriétaire de rien, tendu vers la « joie », la « lumière », la « beauté » et « l’amour ».



Il a rêvé un temps se retirer comme trappiste ou chartreux, mais l’Inde est son monastère : « À certaines heures, dans les rues grouillantes de foule, je me sens comme un moine au beau milieu d’un désert : je ne contemple cartes pas des montagnes, mais des milliers de visages qui sont, pour moi, autant de traces de la Présence divine… Ces visages sont là, présents, lorsque je dis ma messe seul, le soir, à Madras et, souvent, en consacrant le pain et le vin, je pleure, non de tristesse, mais de joie. » (2) Larmes de joie, larmes de compassion qui ont marqué plus d’un visiteur du père Ceyrac. Tandis que les forces le quittent, Pierre Ceyrac se rapproche un peu plus du « secret » de sa vie, Jésus-Christ : « Je marche vers lui. » (3) « Le matin, dans ma prière, je demande au Seigneur de vivre ma journée devant Lui, en Lui et vers Lui… » (4) Dans ses carnets spirituels, il demande aussi la sainteté, d’aimer « à chaque moment, à chaque pas, dans les petites choses de tous les jours » (5). Et puis il dessine des croix, de plus en plus de croix… On retrouve le Père Ceyrac mort le matin du 30 mai 2012. Dans la nuit, il s’est levé, coiffé, habillé pour la rencontre.



(1), (2) et (4) Panorama, décembre 2003.
(3) L’Actualité religieuse n° 166, 15 mai 1998.
(5) Pierre Ceyrac ou la grâce d’aimer, Anne-Sophie Constant.








Texte  : « Cette terre de l’Inde que j’ai tant aimée »



Ne pas durcir le cœur des enfants, ne pas les abîmer : je les aime et les respecte trop. Les aimer comme ils sont. 

(...)

 Au soir de cette longue vie, après toutes ces traversées et ces combats, je me dis que si j’ai réussi à sauver au moins la vie d’un seul de ces enfants croisés sur ma route, je n’aurai pas perdu ma vie. Et je m’étendrai sur cette terre de l’Inde que j’ai tant aimée, en sachant que je ne l’ai pas complètement perdue. 

Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu !, DDB 2000, p. 71-12


Pour aller plus loin : Pierre Ceyrac ou la grâce d’aimer, par Anne-Sophie Constant, Albin Michel, 2020, 240 p.



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« Ryaku Fusatsu » (tradition bouddhiste), Reigetsu Helen/Maître Reigen Wang-Genh Olivier, extrait de Les voix de la fraternité, Bayard Musique.



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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyJeu 2 Avr - 10:25

Jean Rodhain : la vocation du service


Lorrain d’origine, Jean Rodhain est issu d’une famille aimante et soudée. Sa vocation s’enracine très tôt dans une vie de prière. Son tempérament très actif le poussera rapidement à s’investir à fond dans le service des autres.


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Jean-Rodhain-vicaire-Epinalles-enfants-prepare-premiere-communion_0_730_1036


Jean Rodhain, vicaire à Epinal, avec les enfants qu’il prépare à la première communion. :copyright: Fondation Jean Rodhain



Jean Rodhain naît dans le pays vosgien le 29 janvier 1900. Ses parents s’étaient installés dans la ville de Remiremont, dont le souvenir ne quittera pas le futur fondateur du Secours catholique. Sa jeunesse se déroule paisiblement, entre des parents aimants mais austères et exigeants, et une jeune sœur qui sera plus tard bénédictine. Le garçon n’est pas un brillant élève, et révèle vite un tempérament fonceur et chahuteur. La Première Guerre mondiale vient troubler l’existence laborieuse de la famille et le jeune garçon se passionne pour les faits d’armes et les batailles. La maladie grave de sa mère (une laryngite tuberculeuse) assombrit la vie familiale et explique sa maturité précoce. À 18 ans, alors que l’armistice est signé, il annonce qu’il entre au séminaire. D’emblée c’est pour lui un engagement irréversible : le sacerdoce est pour lui un choix irréductible et entier, dont le socle est la prière, la lecture de la Bible... et la pratique de la charité. D’ailleurs il racontera plus tard qu’il aura été bien plus saisi par son ordination diaconale que par la sacerdotale, qui a lieu en 1924 : « J’ai été beaucoup plus impressionné par le diaconat que par le sacerdoce et la première messe. Cette imposition de l’étole de diacre m’a laissé une impression considérable. » Pas étonnant de le retrouver lors du concile Vatican II, participant aux travaux qui réhabilitent le diaconat permanent. Jean Rodhain prêtre reste avant tout un diacre. Il est fait pour servir.


Un vicaire turbulent



Ses débuts à Épinal sont symptomatiques de ce que sera sa vie. Jean Rodhain prêtre reste le jeune homme passionné, actif, et peu enclin à ménager sa hiérarchie. Il se dépense sans compter, va et vient, toujours disponible, débordant d’activités. Il s’implique à fond dans le catéchisme, les visites aux familles, le soin des malades. Il organise des spectacles de théâtre avec les jeunes qui l’entourent, développant ainsi ses grandes capacités de metteur en scène. Bref, il dérange et agace. Brutalement envoyé en pleine campagne, à Mandres, dans une paroisse totalement déchristianisée et très pauvre, il y fera merveille, et parviendra à restaurer une vie communautaire de grande qualité : « Il savait arriver à ses fins, à force de persuader, se souvient un paroissien. impossible de résister. il savait nous embarquer. D’ailleurs on l’aimait tellement qu’on ne pouvait faire autrement ! »


Ce sera durant ces années qu’il fait la connaissance de la JOCF (Jeunesse ouvrière chrétienne féminine) et en devient l’animateur pour le diocèse de Saint-Dié. Quelle bouffée d’air frais ! La JOC l’enthousiasme, il se lance à fond dans l’animation de sa section, prêchant aux jeunes ouvrières des filatures la charité et organisant des cours de cuisine, de comptabilité et de puériculture. « Voir pour juger et agir. » C’est là que prend forme ce qui deviendra la devise du Secours catholique.


En 934, il est nommé aumônier JOCF de Paris-sud. Il a 34 ans. Quelle trajectoire !



Vidéo  : Jean Rodhain et le Secours catholique (KTO-Secours catholique)







Texte : « Le service des pauvres est un honneur »



Il n’y a pas à se pencher vers les pauvres. L’échelle véritable des valeurs ne ressemble pas à l’échelle sociale d’un bottin mondain. L’Évangile nous prévient que les pauvres arriveront en tête de ce cortège : ceux qui ont souffert ont avancé plus vite.

Voilà pourquoi le service des pauvres est un honneur qui n’a pas de fin.


Écouter



«Tu veux pour nous un cœur d’enfant», écrit et dit par Frère Roger, extrait de La Voix des sans voix, Studio SM.




Bibliographie



Méditer avec Jean Rodhain, Salvator


Christophe Henning, Vous, c’est la charité ! Biographie de Mgr Jean Rodhain, Sarment

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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyJeu 2 Avr - 10:32

Jean Rodhain : l’expérience de la guerre


Appelé sous les drapeaux, l’abbé Rodhain sort encore du rang : les horreurs de ces cinq années vont mobiliser toute son énergie et sa créativité. Une grande œuvre s’amorce !


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Jean Rodhain en 1944, avec le personnel de l’aumônerie des prisonniers de guerre, rue du Cherche-Midi, à Paris. :copyright: Fondation Jean Rodhain


En 1930, l’ordre de mobilisation est lancé. Les années qui vont suivre seront pour l’abbé jociste une grande occasion de développer sa forte personnalité et son sens inné de l’organisation. Il rejoint d’abord comme simple soldat la ville d’Épinal où les troupes cantonnent et se morfondent. Il invente alors les « valises bibliothèques », premier signe de sa charité inventive et spontanée. Grâce à lui, les livres circulent et cassent l’ennui des soldats mobilisés dans les fronts de l’Est. En mars 1940, le voilà aumônier jociste chargé d’accompagner une division composée d’ouvriers et de mécaniciens de chez Renault. Il fera à leurs côtés l’expérience du feu, les accompagnant jusqu’au plus fort des combats. Fait prisonnier en Côte-d’Or, il découvre la pagaille des secours français. Il a alors l’idée, incroyable, de s’évader, avec l’autorisation du cardinal Suhard dont il a fait la connaissance récemment. Il peint en lettres blanches sur le pare-brise de la voiture militaire de sa division : « aumônier général des prisonniers de guerre », et passe sans encombre la porte de la prison. C’est l’armistice, la France est dans un état épouvantable et l’abbé Rodhain se lance dans l’aventure : soulager la souffrance des centaines de milliers de prisonniers français.


Un organisateur hors pair



Pendant toutes les années de guerre, Jean Rodhain peaufine donc son organisation et impose l’aumônerie des prisonniers de guerre. C’est une tâche immense, pour laquelle il embauche d’anciens jocistes. D’abord réservée aux prisonniers des camps français, son aide s’étend vite à ceux qui sont enfermés en Allemagne. Parmi eux, de nombreux prêtres et séminaristes déportés. Germe l’idée de leur faire parvenir des « valises chapelles ». C’est un projet audacieux, car il faut obtenir toutes les autorisations possibles et imaginables pour que ces chapelles portatives soient acceptées par les autorités allemandes. C’est un immense succès : en quatre ans, 3 000 autels portatifs auront été expédiés, des millions d’hosties, 160 000 litres de vin de messe, 800 000 missels et 835 000 évangiles ! Ce « diocèse des barbelés » a permis à des centaines de milliers de prisonniers de persévérer leur foi et de garder confiance dans la victoire.


Une réussite due à la force de conviction de l’abbé Rodhain, jamais en peine de trouver ce qui pouvait réconforter les prisonniers. En 1942 est mise en place la Journée nationale de prière pour les prisonniers et déportés qui deviendra après guerre et reste encore aujourd’hui la journée de prière et de quête du Secours catholique.


Un visiteur inattendu



En 1942, puis en 1943, l’abbé Rodhain obtient l’autorisation de se rendre dans les camps de prisonniers allemands. Des voyages épiques qui l’amèneront à visiter les stalags de Prusse orientale, puis de Silésie, puis de la Ruhr. Sa haute stature, sa maigreur impressionnante, son visage crispé et tendu par l’émotion, son air impénétrable laisseront un souvenir inoubliable aux prisonniers. Ces visites en inaugureront bien d’autres, à travers tous les camps de souffrance du monde entier auxquels il rendra visite durant sa longue vie.


Pour autant, l’acharnement de l’abbé Rodhain à garder le contact avec les prisonniers français n’aura pas raison de tous les obstacles. Et ce n’est qu’à leur libération qu’il découvre le drame des camps d’extermination, dont il connaissait l’existence mais pas la finalité. Et même s’il réussit à envoyer des colis à Mauthausen, Buchenwald, Ravensbrück, Dachau et Auschwitz, il ne pouvait imaginer ce qui s’y concevait.


En 1944, la libération est proche et Jean Rodhain n’a qu’une idée en tête : obtenir du Vatican d’être concrètement présent dans les opérations de rapatriement. Toujours soutenu par l’archevêque de Paris, il part pour Rome pour une entrevue avec Pie XII. L’autorisation est donnée et Jean Rodhain sera nommé par le général de Gaulle « aumônier des prisonniers et déportés » et chef de « l’aumônerie catholique aux armées ». Il crée alors, pour soutenir le moral des familles, une publication qui diffuse les courriers qui affluent des camps, par l’intermédiaire de l’aumônerie. Ce sera Message, qui fait entendre avant même leur libération la voix des prisonniers. Messages, qui existe toujours, aura un impact considérable.


La découverte abominable



En avril 1945, l’abbé Rodhain, après avoir mené des tractations épuisantes, met le cap sur l’Allemagne, avec 11 camions aux couleurs du Vatican et 300 tonnes de vivres. « Fonce et enfonce », l’aumônier militaire adopte la devise de son ancienne division. La charité est un combat !


Arrivé aux portes du camp de Buchenwald, seulement quelques heures après sa libération par l’armée américaine, il découvre l’horreur. « J’ai vu le spectacle bouleversant des abattoirs encore remplis, des cadavres non encore inhumés et des survivants dans l’état dans lequel on a pu les trouver : des squelettes vivants ! » racontera-t-il plus tard, ajoutant : « J’ai vu depuis des quantités de camps dans lesquels les gens mouraient de faim, soit au Biafra, soit à Calcutta. Mais ce que j’ai vu a Buchenwald ou Bergen Belsen, c’était une extermination voulue, préparée, méthodique. C’est ce que j’ai vu de plus abominable »


Écouter



«Le Notre Père du prisonnier», écrit et dit par Philippe Maillard, extrait de La Voix des sans voix, Studio SM.






Texte : « Planter, bâtir, instituer »



Un bal de charité, un thé de charité ont été peut-être, en 1880, des aspects d’une activité secourable. En 1960, ce n’est pas de la charité, c’est de la pure mondanité, et pas autre chose (...) La Charité véritable ne distribue pas des moissons toutes faites ou des gâteaux tout cuits. Plutôt que de distribuer cent pommes, elle préfère planter un pommier. Elle enseigne à planter, à bâtir, à instituer. Elle soigne l’affamé de 1960, mais lui apprend à cultiver pour qu’il sache récolter en 1970 (…) Enseigner la Charité aujourd’hui au gamin de 10 ans, c’est déjà illuminer l’an 2000 et préparer la justice sociale de l’âge atomique. 


Bibliographie



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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyVen 3 Avr - 10:35

Jean Rodhain : le Secours catholique


8 mai 1945, la France sort de la Seconde Guerre mondiale meurtrie et ravagée. On compte environ 650 000 morts français. Les dégâts matériels sont d’une ampleur inédite. C’est dans ce contexte que, sous l’impulsion de Jean Rodhain, naît le Secours catholique.


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Avant d’évoquer la création du Secours catholique, en 1946, comment passer sous silence le fameux et ardent pèlerinage du retour ? Jean Rodhain le voulait... il l’a organisé. 80 000 à 100 000 déportés se retrouvent à Lourdes en septembre 1946, venus par toutes les routes de France, souvent à pied, souvent couchés. Une expérience inoubliable, dont Lourdes garde encore aujourd’hui le souvenir grâce à la croix dressée dans l’enceinte de la Cité Saint-Pierre du Secours catholique. Ce pèlerinage marque le dernier acte de l’Aumônerie générale des prisonniers de guerre. Il inaugure le Secours catholique.



Plutôt que d’inviter les rapatriés à se rassembler dans une association d’anciens, Jean Rodhain les pousse à se tourner vers l’avenir et à bâtir la charité de demain. Et malgré le tempérament incontrôlable de l’abbé, qui les inquiète un peu, les cardinaux et archevêque français, à l’invitation pressante de Mgr Montini, futur Paul VI, acceptent la création du Secours catholique français. L’abbé Rodhain en sera le Secrétaire général et François Charles Roux le président.



Le feu de la charité




Jean Rodhain a 46 ans. Les années de guerre, les privations n’ont pas entamé son allant et son énergie. C’est un homme impénétrable, dont le silence, certains diront le mutisme, impressionne au plus haut point. « Une sorte d’indifférence au brouhaha se dégage de cet homme », dira un proche. Rien à voir avec un abbé Pierre dont il fera plus tard la connaissance. Jean Rodhain n’est pas d’un abord facile et pourtant, quel charisme ! Ceux qui ont travaillé avec lui ont tous souligné la forte adhésion qu’il dégageait, « sa façon de simplifier les problèmes, de les désosser, de les formuler et de leur trouver une solution », dira François Nourrissier, qui sera trois ans durant chargé des relations extérieures du Secours catholique. Et des solutions, il s’agit d’en trouver ! À la sortie de la guerre, la France est exsangue. La liste des besoins les plus pressants est longue : du sucre, du riz, des lainages, des chaussures, de la laine à tricoter, des confitures... On n’en finit pas. Dans un pays où la pénurie règne en maître, Jean Rodhain veut faire briller l’étincelle de l’Évangile et provoquer la solidarité : « Pourquoi le Secours catholique ? Pour allumer le feu de la charité. »



Une organisation qui roule encore !




Pour mettre en route son programme, fort de son expérience durant la guerre, Jean Rodhain s’appuie sur deux convictions : l’organisation d’un réseau de charité par diocèse et le lancement de « campagnes ». Et ça marche ! Dès 1947, une dizaine de diocèses sont à pied d’œuvre. La première « campagne pour les malades » est lancée. L’objectif est très concret : réaliser des colis qui viendront encourager les 400 000 malades en sanatorium. Le journal Messages, né durant la guerre, sert à mobiliser les donateurs et ça marche encore. Tout le fonctionnement du Secours catholique est mis en place, soutenu par l’âme d’un seul homme, qui jusqu’à sa mort nourrira l’action des bénévoles par sa foi et sa force de conviction.



Texte : « Si la Charité est un feu »


Le Christ se donne à celui qui sait se donner aux autres. N’avez-vous pas l’expérience des âmes pour ignorer que le Christ se rencontre plus souvent au terme d’un geste secourable qu’à la dernière page d’un gros volume ?

Que de bonnes volontés qui s’offrent !

Que de mains disponibles qui se proposent !

Si la Charité est un feu, je pense à une « Église incendiaire » qui embraserait le monde des flammèches de ce réacteur qu’est l’amour des pauvres.



Bibliographie :


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Écouter


«Pour ces millions d’hommes», écrit par Joseph Wresinski et dit par Geneviève De Gaulle-Anthonioz, extrait de La Voix des sans voix, Studio SM.


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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptySam 4 Avr - 10:01

Jean Rodhain : la pédagogie de la charité


Les années 1950 sont l’occasion d’un formidable essor du Secours catholique. Une période qui permet à Jean Rodhain de réfléchir au souffle qu’il entend donner au travail de chacun. Il élabore une véritable théologie de la charité.


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1947, Jean Rodhain part pour l’Égypte, atteinte d’une épidémie de choléra. Il emporte un stock de médicaments. :copyright: Fondation Jean Rodhain



« La charité n’est ni périmée ni anachronique. Certains ont pu le croire, un instant, devant les progrès du monde moderne. Mais la charité ne passe pas. Elle est en avant, en plein vent. Elle est une vivante, les cheveux au vent, œuvrant dans les courants d’air de la vie quotidienne, aux prises avec de multiples travaux d’intervention et de partage. On n’amasse point de poussière à ce régime. C’est un devoir pour la charité d’aujourd’hui de présenter un autre visage, un visage éveillé aux besoins de nouvelles pauvretés. Un visage dont le sourire soit capable de comprendre la famille du prisonnier comme celle de l’immigré. »


Le souffle de la charité



Pour Jean Rodhain, la charité ne s’apprend pas en dix leçons. C’est une énergie qui passe par un long travail d’apprentissage. Savoir écouter, entendre l’autre dans son besoin premier, regarder, prêter attention, et puis agir efficacement. La petite flamme de la charité peut alors briller et se développer. Explorer la charité, redonner à ce mot désuet ses lettres de noblesse sera le combat de sa vie.


Jean Rodhain, on l’a déjà dit, est un organisateur né. Mais pour lui, organiser, c’est agir. « Ce que les pauvres attendent, ce ne sont pas des explications, fussent-elles excellentes, mais des réalisations... La Charité s’enseigne en la pratiquant... ». « Il faut des actes modestes, patients, désintéressés, répétés, qui seuls sont capables de ronger en profondeur la citadelle de l’ignorance et de l’égoïsme », note Jean Colson, dans une biographie de Jean Rodhain. Certes « un colis ne résout pas tous les problèmes, mais il peut être la petite étoile qui illuminera un Noël sans joie ». Tout geste de générosité doit d’abord être un acte de reconnaissance de la dignité sacrée de toute personne qui est en difficulté. 


La charité n’a pas de frontières



Dès 1946, l’abbé Rodhain a fait sortir le Secours catholique des frontières de la France. Il a su étendre sa solidarité au monde entier ; il a animé, interpellé, mobilisé les opinions publiques. Il l’a amené à agir dans toutes les catastrophes : Égypte, Vietnam, Algérie, Maroc, Biafra, Inde.


Il a le souci et le génie des actions sur tous les fronts des urgences du monde.


En décembre 1959, le barrage de Malpasset-Fréjus s’est rompu. Un énorme fleuve de boue emporte des centaines de personnes. Arrivé rapidement sur les lieux, Mgr Rodhain, devant ce terrible spectacle, observe, écoute, réfléchit. Il a toujours une intuition rapide. « Il faut, dit-il, apporter très vite des maisons préfabriquées ». Il faut reloger au plus vite, mais aussi redonner le goût de vivre. Très peu de temps après, des familles s’installent dans ces nouveaux logements ; elles y trouvent même serviettes de toilette, tableaux aux murs et bouquets de fleurs sur les tables.


Pour le Père Rodhain, penser à tous, c’est penser à tout.


Vidéo  : Pauvreté en France  : les chiffres du Secours catholique






Texte : Méthode, expérience, compétence



Envoyer un camion de couvertures à des sinistrés, charger un avion de médicaments une heure après un sinistre sont des opérations élémentaires. Beaucoup de méthode, un peu d’expérience, des cadres compétents et l’affaire est réglée. Il y a un travail beaucoup plus difficile et dont le public ne se rend pas compte : c’est un travail de pédagogie.

Le temps, je le respecte et je le ménage comme un bien précieux. Ne le gaspillons pas. Ne le perdons pas ! Il s agit de regarder au loin et en avant.



Bibliographie


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Écouter


«Nous déclarons la guerre de l’amour», écrit et dit par l'abbé Pierre, extrait de La Voix des sans voix, Studio SM.



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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyLun 6 Avr - 10:32

Jean Rodhain : un homme de prière


« J’ai un métier qui me donne la fièvre. Une fièvre qui réchauffe aussi le cœur. » Pour mener à bien ses multiples projets et nourrir son incessante activité, Jean Rodhain n’a qu’une seule corde à son arc : une intense vie spirituelle.


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Jean-Rodhain-souvent-Paul-VI-hommes-sapprecient-Ici-1965-lAssemblee-Generale-Secours-Catholique_0_729_511  

Jean Rodhain sera souvent reçu par Paul VI. Les deux hommes s’apprécient. Ici en 1965, l’assemblée générale du Secours catholique. :copyright: Fondation Jean Rodhain



Il serait trop long de détailler les multiples lieux de détresse qu’aura visités celui qui devient Mgr Rodhain en 1950. « Sa maladie de la bougeotte est en rapport direct avec les calamités », dira un proche. Un cyclone à Madagascar ? Des réfugiés hongrois qui débarquent à Vienne ? Une guerre en Algérie ? Une famine au Biafra ? Il part… saute dans un train, un avion, et se rend auprès des plus pauvres, des plus atteints. Il veut voir, et agir. Il arrive, silencieux, le regard perdu, plein de compassion, enregistre tout, voit tout et repart, laissant des consignes très précises. Il a compris où est l’urgence.



Servir, le lieu de sa vocation




Le service est la dimension privilégiée de la vocation de Jean Rodhain. Sa « marque de fabrique », pourrait-on dire. Il développe toute une théologie de la charité qui peut se résumer dans la prière de saint Colomban, ce moine du VIIe siècle, qui figurait sur son image mortuaire : « Seigneur, accorde-moi, je t’en prie, au nom de Jésus-Christ, ton Fils et mon Dieu, que je ne sois jamais séparé de la charité ; que ma lampe s’allume à sa flamme, qu’elle ne puisse s’éteindre, qu’elle me brûle, qu’elle éclaire les autres. » Tout l’esprit de sa mission est puisé au cœur de l’Évangile. « Ce n’est pas le témoignage d’une église remplie qui fera avancer le règne du Christ, mais le témoignage de la charité des chrétiens. Ouvrons les yeux de nos frères, qu’ils voient la misère qui les entoure. » Et pour ouvrir les yeux, il faut inlassablement reprendre la Bible. « La vie de l’homme ou de l’humanité c’est une suite d’échecs, une longue souffrance. En face de chacune de ces énormes difficultés, moi je reprends la Bible. Il n’y a rien de tel que la Bible pour se retrouver sur ses pieds. » Il ne cessera jamais d’avancer, d’agir… « Je ne fais rien. Dieu me pousse et je marche. »


Lourdes : terre de mille grâces


Dieu le pousse certes, mais aussi Marie, celle qu’il aime tant depuis l’enfance. La Cité Saint-Pierre à Lourdes est sa première et grande réalisation. Il porte l’intuition profonde qu’un lieu est nécessaire au cœur de la cité mariale, pour accueillir des familles pauvres. Le 1er août 1955 est posée la première pierre de la Cité Saint-Pierre, extraite des anciennes fontaines de la grotte des apparitions de Lourdes. Jusqu’à la fin de sa vie, Lourdes sera pour lui le lieu du réconfort et de la grâce. «  Ici à Lourdes, la lumière c’est la Vierge Marie. Ici, mille et mille fois, pèlerins et malades ont découvert la véritable lumière du Dieu vivant et vrai. Ici, dans ce rocher, l’Immaculée Mère de Dieu nous appelle, lumineuse, à la pureté de l’âme »


C’est après une dernière visite à la grotte, le 1er février 1977, que Jean Rodhain s’éteint dans son sommeil. Durant la nuit il aura recopié le Je vous salue Marie, en insistant en majuscules sur « Pleine de grâces ».

Écouter



«Voici l’homme», écrit et dit par Guy Aurenche, extrait de La Voix des sans voix, Studio SM.





Bibliographie



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MessageSujet: Re: Carême 2020 et quelques figures spirituelles    Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 EmptyMar 7 Avr - 9:51

Jean Rodhain : un homme de notre temps


« En avance sur son temps, il fut un homme de notre temps. » Ces paroles de Mgr Lustiger prononcées en 2000 reflètent bien la personnalité prophétique de Mgr Rodhain. Son œuvre, immense, rayonne bien au-delà de la France.


 Carême 2020 et quelques figures spirituelles - Page 2 Jean-Rodhain-Lourdes-volant-Jeepson-chien_0_729_559

Jean Rodhain à Lourdes, au volant de sa Jeep, avec son chien. :copyright: Fondation Jean Rodhain.



43 ans après la mort de Mgr Rodhain, le Secours catholique est toujours lui-même mais très différent. Il n’est pas figé, c’est un organisme vivant et Mgr Rodhain le savait bien, lui qui n’a cessé de dire que l’avenir était entre les mains des bénévoles, des donateurs, mais aussi des pauvres : « Nous aurons toujours des pauvres à notre charge. C’est la véritable diaconie. C’est la véritable joie. Même si un incendie détruisait les 6 étages du 104 (de la rue du Bac, siège du Secours catholique), même si nous perdions 50 % de nos abonnés, il nous resterait les pauvres sur les bras. Il nous resterait des milliers de handicapés, de prisonniers, de pauvres types qui constituent notre premier trésor. »


43 ans après sa mort, ces paroles retentissent encore. La tâche est immense, les années passent et le grand navire du Secours catholique poursuit sa mission, toujours nouvelle. Le document écrit en 1956 par son fondateur reste d’une brûlante actualité : « Pour le Secours catholique, l’essentiel c’est la charité. Il faut y revenir... parce que c’est vrai. Parce qu’une eau n’est abondante que si on en dégage sans cesse la source. Parce que l’expérience de dix ans de culture nous fera mieux comprendre la racine et la sève. Parce que nous ne l’avons pas encore compris. On est conduit, on est “mené” par le Seigneur sans savoir où il nous conduit exactement. »


La cathédrale de la charité bâtie par Jean Rodhain est toujours debout. Ses projets sont innombrables et ses ramifications s’étendent dans le monde entier. « Bâtir une société de frères ne saurait rester à l’état de programme. Chacun, là où il est, y a sa part de responsabilité. »







Texte : « La densité d’une existence, c’est l’amour »



Ce ne sont ni la renommée, ni l’importance des fondations, ni la créativité la plus ingénieuse, fût-ce pour le soulagement de toutes les misères, qui mesurent aux yeux de Dieu la densité d’une existence : c’est l’amour répandu par Dieu dans nos cœurs.


Quelle force n’y a-t-il pas aussi dans un cœur qui s’éveille ?



Bibliographie



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«Donne chaque jour ton sourire», écrit et dit par Sœur Emmanuelle, extrait de La Voix des sans voix, Studio SM.




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