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 conte de Noël

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MessageSujet: conte de Noël   conte de Noël EmptyLun 26 Nov - 14:13

Conte de Noël
Lorsque les bergers s'en furent allés et que la quiétude fut revenue, l'enfant de la crèche leva sa tête et regarda vers la porte entrebâillée. Un jeune garçon timide se tenait là… tremblant et apeuré.
- Approche, lui dit Jésus. Pourquoi as-tu si peur ?
- Je n'ose… je n'ai rien à te donner, répondit le garçon.
- J'aimerais tant que tu me fasses un cadeau, dit le nouveau-né.
Le petit étranger rougit de honte.
- Je n'ai vraiment rien… rien ne m'appartient ; si j'avais quelque chose, je te l'offrirais… regarde.
Et en fouillant dans les poches de son pantalon rapiécé, il retira une vieille lame de couteau rouillée qu'il avait trouvée.
- C'est tout ce que j'ai, si tu la veux, je te la donne.
- Non, rétorqua Jésus, garde-la. Je voudrais tout autre chose de toi. J'aimerais que tu me fasses trois cadeaux.
- Je veux bien, dit l'enfant, mais que puis-je pour toi ?
- Offre-moi le dernier de tes dessins.
Le garçon, tout embarrassé, rougit. Il s'approcha de la crèche et, pour empêcher Marie et Joseph de l'entendre, il chuchota dans l'oreille de l'enfant Jésus :
- Je ne peux pas… mon dessin est trop moche… personne ne veut le regarder !
- Justement, dit l'enfant dans la crèche, c'est pour cela que je le veux… Tu dois toujours m'offrir ce que les autres rejettent et ce qui ne leur plaît pas en toi.
Ensuite, poursuivit le nouveau-né, je voudrais que tu me donnes ton assiette.
- Mais je l'ai cassée ce matin ! bégaya le garçon.
- C'est pour cela que je la veux… Tu dois toujours m'offrir ce qui est brisé dans ta vie, je veux le recoller…
Et maintenant, insista Jésus, répète-moi la réponse que tu as donnée à tes parents quand ils t'ont demandé comment tu avais cassé ton assiette…
Le visage du garçon s'assombrit, il baissa la tête honteusement et, tristement, il murmura :
- Je leur ai menti… J'ai dit que l'assiette m'avait glissé des mains par inadvertance ; mais ce n'était pas vrai… J'étais en colère et j'ai poussé furieusement mon assiette de la table, elle est tombée sur le carrelage et elle s'est brisée !
- C'est ce que je voulais t'entendre dire ! dit Jésus. Donne-moi toujours ce qu'il y a de méchant dans ta vie, tes mensonges, tes calomnies, tes lâchetés et tes cruautés. Je veux t'en décharger… Tu n'en as pas besoin… Je veux te rendre heureux et sache que je te pardonnerai toujours tes fautes.
Et en l'embrassant pour le remercier de ces trois cadeaux, Jésus ajouta :
- Maintenant que tu connais le chemin de mon Cœur, j'aimerais tant que tu viennes me voir tous les jours…
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Gwenda

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MessageSujet: Re: conte de Noël   conte de Noël EmptyLun 2 Déc - 3:59

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1-decembre

conte de Noël Saint-13

La légende de saint Éloi
|
Notre-Sei­gneur Dieu le Père, un jour, en Para­dis, était tout sou­cieux. L’En­fant-Jésus lui dit :

« Qu’a­vez-vous, père ?

— J’ai, répon­dit Dieu, un sou­ci qui me tara­buste… Tiens, regarde là-bas.
— Où ? dit Jésus.

— Par là-bas, dans le Limou­sin, droit de mon doigt : tu vois bien, dans ce vil­lage, vers le fau­bourg, une bou­tique de maré­chal-fer­rant, une belle et grande bou­tique ?

— Je vois, je vois.

conte de Noël Eloi-m11

Eh ! bien, mon Fils, là est un homme que j’au­rais vou­lu sau­ver : on l’ap­pelle maître Éloi. C’est un gaillard solide, obser­va­teur fidèle de mes com­man­de­ments, cha­ri­table au pauvre monde, ser­viable à n’im­porte qui, d’un bon compte avec la pra­tique, et mar­te­lant du matin au soir sans mal par­ler ni blas­phé­mer… Oui, il me semble digne de deve­nir un grand saint.

— Et qui empêche ? dit Jésus.

— Son orgueil, mon enfant. Parce qu’il est bon ouvrier, ouvrier de pre­mier ordre, Éloi croit que sur terre nul n’est au-des­sus de lui, et pré­somp­tion est per­di­tion.

— Sei­gneur Père, fit Jésus, si vous me vou­liez per­mettre de des­cendre sur la terre, j’es­saie­rais de le conver­tir.

— Va, mon cher Fils.

Et le bon Jésus des­cen­dit. Vêtu en appren­ti, son balu­chon der­rière le dos, le divin ouvrier arrive droit dans la nie où demeu­rait Éloi. Sur la porte d’Éloi, selon l’u­sage, était l’en­seigne, et l’en­seigne por­tait : Éloi le maré­chal, maître sur tous les maîtres, en deux chaudes forge un fer.

Le petit appren­ti met donc le pied sur le seuil et, ôtant son cha­peau :

« Dieu vous donne le bon­jour, maître, et à la com­pa­gnie : si vous aviez besoin d’un peu d’aide ?

— Pas pour le moment, répond Éloi.

— Adieu donc, maître : ce sera pour une autre fois. »

Et Jésus, le bon Jésus, conti­nue son che­min. Il y avait, dans la rue, un groupe d’hommes qui cau­saient et Jésus dit en pas­sant :

« Je n’au­rais pas cru que dans une bou­tique telle, où il doit y avoir, ce semble, tant d’ou­vrage, on me refu­sât le tra­vail.

— Attends un peu, mignon, lui fait un des voi­sins. Com­ment as-tu salué, en entrant chez maître Éloi ?

— J’ai dit comme l’on dit : « Dieu vous donne le bon­jour, maître, et à la com­pa­gnie ! »

— Ha ! ce n’est pas ain­si qu’il fal­lait dire… Il fal­lait l’ap­pe­ler maître sur tous les maîtres… Tiens, regarde l’é­cri­teau.

— C’est vrai, dit Jésus, je vais essayer de nou­veau. Et de ce pas il retourne à la bou­tique.

— Dieu vous le donne bon, maître sur tous les maîtres ! N’au­riez-vous pas besoin d’ou­vrier ?

— Entre, entre, répond Éloi, j’ai pen­sé depuis tan­tôt que nous t’oc­cu­pe­rions aus­si… Mais écoute ceci pour une bonne fois : quand tu me salue­ras, tu dois m’ap­pe­ler maître, vois-tu ? sur tous les maître, car, ce n’est pas pour me van­ter, mais d’hommes comme moi, qui forgent un fer en deux chaudes, le Limou­sin n’en a pas
deux
!


conte de Noël Legend11

Oh ! répli­qua l’ap­pren­ti, dans notre pays à nous, nous for­geons ça en une chaude !

— Rien que dans une chaude ? Tais-toi donc, va, gamin, car cela n’est pas pos­sible…

— Eh ! bien, vous allez voir, maître sur tous les maîtres ! »

Jésus prend un mor­ceau de fer, le jette dans la forge, souffle, attise le feu ; et quand le fer est rouge, rouge et incan­des­cent, il va le prendre avec la main.

« Aie ! mon pauvre nigaud ! le pre­mier com­pa­gnon lui crie, tu vas te rous­sir les doigts !

— N’ayez pas peur, répond Jésus, grâce à Dieu, dans notre pays, nous n’a­vons pas besoin de tenailles. »

Et le petit ouvrier sai­sit avec la main le fer rou­gi à blanc, le porte sur l’en­clume et avec son mar­te­ler, pif ! paf ! pata­ti ! pata­ta ! en un clin d’œil, l’é­tire, l’a­pla­tit, l’ar­ron­dit et l’é­tampe si bien qu’on le dirait mou­lé.

« Oh ! moi aus­si, fit maître Éloi, si je le vou­lais bien. »

Il prend donc un mor­ceau de fer, le jette dans la forge, souffle, attise le feu ; et quand le fer est rouge, il vient pour le sai­sir comme son appren­ti et l’ap­por­ter à l’en­clume… Mais il se brûle les doigts – il a beau se hâter, beau faire son dur à cuire, il lui faut lâcher prise pour cou­rir aux tenailles. Le fer de che­val cepen­dant froi­dit… Et allons, pif ! et paf ! quelques étin­celles jaillissent… Ah ! pauvre maître Éloi ! il eut beau frap­per, se mettre tout en nage, il ne put par­ve­nir à l’a­che­ver dans une chaude.

« Mais chut ! fit l’ap­pren­ti, il m’a sem­blé ouïr le galop d’un che­val… »

Maître Éloi aus­si­tôt se carre sur la porte et voit un cava­lier, un superbe cava­lier qui s’ar­rête devant la bou­tique. Or c’é­tait saint Mar­tin.

« Je viens de loin, dit celui-ci, mon che­val a per­du une couple de fers et il me tar­dait fort de trou­ver un maré­chal. »

Maître Éloi se ren­gorge, et lui parle en ces termes :

« Sei­gneur, en véri­té, vous ne pou­viez mieux ren­con­trer. Vous êtes chez le pre­mier for­ge­ron de Limou­sin, de Limou­sin et de France, qui peut se dire maître au-des­sus de tous les maîtres et qui forge un fer en deux chaudes… Petit, va tenir le pied




conte de Noël Saint-14

Tenir le pied ! repar­tit Jésus. Nous trou­vons, dans notre pays, que ce n’est pas néces­saire.

— Par exemple ! s’é­cria le maître maré­chal, celle-là est par trop drôle : et com­ment peut-on fer­rer, chez toi, sans tenir le pied ?

— Mais rien de si facile, mon Dieu ! vous allez le voir. »

Et voi­là le petit qui sai­sit le bou­toir, s’ap­proche du che­val et, crac ! lui coupe le pied. Il apport le pied dans la bou­tique, le serre dans l’é­tau, lui cure bien la corne, y applique le fer neuf qu’il venait d’é­tam­per, avec le bro­choir y plante les clous ; puis, des­ser­rant l’é­tau, retourne le pied au che­val, y crache des­sus, l’a­dapte ; et n’ayant fait que dire avec un signe de croix : « Mon Dieu ! que le sang se caille », le pied se trouve arran­gé, et fer­ré et solide, comme on n’a­vait jamais vu, comme on ne ver­ra plus jamais.

Le pre­mier com­pa­gnon ouvrait des yeux comme des paumes, et maître Éloi, col­lègues, com­men­çait à suer.

« Ho ! dit-il enfin, par­di ! en fai­sant comme ça, je fer­re­rai tout aus­si bien
. »




conte de Noël Sans-t11

Éloi se met à l’œuvre : le bou­toir à la main, il s’ap­proche du che­val et, crac, lui coupe le pied. Il l’ap­porte dans la bou­tique, le serre dans l’é­tau et le ferre à son aise comme avait fait le petit. Puis, c’est ici le hic ! il faut le remettre en place ! Il s’a­vance du che­val, crache sur le sabot, l’ap­plique de son mieux au bou­let de la jambe… Hélas ! l’onguent ne colle pas : le sang ruis­selle et le pied tombe.

Alors l’âme hau­taine de maître Éloi s’illu­mi­na : et, pour se pros­ter­ner aux pieds de l’ap­pren­ti, il ren­tra dans la bou­tique. Mais le petit avait dis­pa­ru et aus­si le che­val avec le cava­lier. Les larmes débon­dèrent des yeux de maître Éloi ; il recon­nut qu’il avait un maître au-des­sus de lui, pauvre homme ! et au-des­sus de tout, et il quit­ta son tablier et lais­sa sa bou­tique et il par­tit de là pour aller dans le monde annon­cer la parole de Notre-Sei­gneur Jésus
.
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Espérance

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MessageSujet: Re: conte de Noël   conte de Noël EmptyLun 2 Déc - 10:36

Merci Gwenda.

Je ne connaissais pas ce conte et pourtant, dans ma jeunesse, nous fêtions St Eloi, patron de tous ceux qui maniaient la ferraille et même beaucoup d'autres outils.

Alors, j'en profite pour les confier au Seigneur, par l'intermédiaire de St Eloi.

_________________
La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'Espérance.
Charles Péguy
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Azur

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MessageSujet: Re: conte de Noël   conte de Noël EmptyLun 2 Déc - 11:25

Merci, Gwenda pour cette belle légende de saint Éloi.  thumright  bravo
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Gwenda

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MessageSujet: Re: conte de Noël   conte de Noël EmptyLun 2 Déc - 22:10

conte de Noël Chamea10

Il est plus aisé pour un cha­meau de
pas­ser par le trou de l’ai­guille qu’à un
riche d’en­trer dans le royaume des cieux.
(Mat­thieu, 19 – 23.)


Je pose sept et je retiens un…

La femme de charge essuya ses lunettes, remon­ta la mèche de la lampe et, pour la troi­sième fois, recom­men­ça son addi­tion.

Cer­tai­ne­ment elle était bonne. Mais elle était ter­rible.

Avoir si peu man­gé et tant, tant, tant dépen­sé !

Sur l’autre page du cahier, celle des recettes, une autre mal­heu­reuse petite addi­tion trop courte essayait de faire bonne conte­nance et de se mesu­rer bra­ve­ment avec la pre­mière…

Non ! on avait beau tirer des­sus, il n’y avait plus moyen de joindre les deux bouts
.


conte de Noël La-fem10


Mais n’é­tait-ce pas ces jours-ci que les Gau­det payaient leur terme ? Elle regar­da le calen­drier : « Noël !… »

Oh ! oui ! elle savait bien que Noël arri­ve­rait ce soir, mais, pour la pre­mière fois de sa vie, elle n’a­vait pas pris la joie d’y pen­ser. Et il était venu, il était là devant elle : la grande veillée com­men­çait.

Et Char­lette se sen­tit en faute parce qu’il ne lui res­tait plus qu’à peine quelques heures pour apprê­ter avant minuit son cœur de grande fête.

On ne peut pas ser­vir deux maîtres : Dieu et l’Argent.

L’argent, elle n’en avait guère — ses gages, son livret de Caisse d’É­pargne. Quand même, de tous ses efforts, elle était à son ser­vice. Oh ! ce n’é­tait pas son métier et c’est pour­quoi, jus­te­ment, il lui don­nait tant de mal, beau­coup plus, bien sûr, qu’aux per­sonnes capables. Quand elle était petite fille, elle avait gar­dé les mou­tons. Puis elle était allée en classe, puis en condi­tion. Il y avait bien­tôt trente ans qu’elle était entrée chez Madame et qu’elle y res­tait à faire tout ce qu’on vou­lait et même plus. Un peu plus chaque année. Mon­sieur était mort. M. Jacques avait dis­pa­ru à la guerre et Madame était deve­nue peu à peu si vieille, si lasse, qu’elle n’é­tait plus bonne à rien qu’à man­ger, se chauf­fer et flat­ter le chat.

À mesure qu’elle vieillis­sait, elle avait lais­sé de plus en plus à sa ser­vante le soin d’al­ler en bou­tiques, à la banque, dans les bureaux, de par­ler aux four­nis­seurs, aux ouvriers et aux loca­taires, si bien que, de bonne à tout faire qu’elle était, cui­si­nant, lavant, ravau­dant et soi­gnant des mala­dies, Char­lette était deve­nue en plus gérante de biens.

Depuis, elle n’a­vait plus que des sou­cis dans la tête. Elle s’é­tait mise à gar­der l’argent de Madame comme elle avait gar­dé jadis le trou­peau de sa nour­rice avec un grand trem­ble­ment d’hon­nête ber­gère, comp­tant et recomp­tant le soir les bre­bis et les agneaux (aujourd’­hui c’é­taient les sous et les pièces) et veillant sur lui à toute heure pour l’empêcher de se perdre, de dépé­rir ou de souf­frir quelque dom­mage. Las ! l’argent était plus sacré encore et comme il s’é­ga­rait au moindre cal­cul, c’é­tait un ter­rible ouvrage que d’en rendre compte à soi-même avec exac­ti­tude.

Si encore il n’y avait eu que l’argent, même cet argent de papier qu’elle avait pris l’ha­bi­tude d’al­ler qué­rir de temps à autre chez un ban­quier de la ville et qui lui fai­sait assez peur parce qu’il aug­mente et dimi­nue sans que per­sonne en sache rien, mais Madame avait trois mai­sons.

Elles avaient été neuves du temps de son arrière-grand-père. Main­te­nant, il leur man­quait tou­jours un mor­ceau et les gens qui les habi­taient venaient récla­mer, le dimanche.

— Mam’­zelle Char­lette, il pleut chez nous… Mam’­zelle, le vent d’hier a empor­té le cha­peau de la che­mi­née… Mam’­zelle, la gout­tière ne tient plus. Si ça tombe sur nous, on ira se plaindre…



Et Char­lette, dès le lun­di, cou­rait chez le maçon, chez le plom­bier, chez le fumiste :

— Allez vite remettre des tuiles au toit… Allez vite rac­cro­cher la gout­tière… Allez vite recoif­fer la che­mi­née.

Et le jeu­di, comme per­sonne n’é­tait venu, elle retour­nait chez le maçon, chez le fumiste, chez le plom­bier :

— Il pleut sur ces pauvres Piault, hâtez-vous, mon-sieur Bou­char­dat… Dépê­chez-vous, mon­sieur Pao­li, chez Gau­det, la che­mi­née fume. Chez mon­sieur Robi­not, il faut y aller demain sans faute.

— Sans faute, oui ! disaient les hommes.

Mais le ven­dre­di, ils n’y allaient pas. Et le same­di, per­sonne ne fait rien, et le dimanche, tout le monde se repose.

Ah ! Milon, le voi­sin, par­lait d’un autre ton et il était ser­vi à l’heure : « Vous, aujourd’­hui, demain un autre ! » Mais elle, Char­lette avait été ser­vante si long­temps qu’elle ne savait pas com­man­der et dire aux gens, quand il faut, des paroles raides. Elle ne savait bien qu’o­béir. Depuis qu’elle était au monde, elle avait tou­jours été sou­mise à toutes les auto­ri­tés du ciel et de la terre, aux com­man­de­ments de Dieu, aux ordres de Madame, aux man­de­ments du carême, aux arrê­tés de M. le Maire, aux ordon­nances de la police, aux lois… Ah ! les lois ! quel res­pect elles lui ins­pi­raient ! quelle crainte ! De tous les côtés il y en a qui ordonnent, défendent, empêchent, inter­disent, et on ne sait pas seule­ment où elles sont, ni ce qu’elles veulent, ni le dan­ger où elles vous mettent. Elles sont ten­dues par­tout comme des rets cachés pour vous faire tom­ber quand on n’y pense pas dans des embar­ras à n’en plus sor­tir
.


conte de Noël Les-co10


Char­lette n’en menait pas large quand elle rem­plis­sait péni­ble­ment, chaque année, les feuilles de M. le Contrô­leur de chiffres hési­tants — peut-être justes, peut-être pas — qui se retour­ne­ront contre vous si on se trompe. Mais son plus grand trouble lui venait de ces indi­vi­dus sans mora­li­té qui ne se gênent plus à pré­sent pour fou­ler aux pieds le droit des autres — le droit de Madame — car il fal­lait bien essayer de les en empê­cher…

Alors, elle allait consul­ter Me Pau­pître, un cou­sin de feu Mon­sieur, qui trou­vait du pre­mier coup la plus excel­lente des lois — il y en a aus­si quelques bonnes — pour bar­rer la route à ceux qui empiètent sur le voi­sin. Il ne fal­lait que l’ap­pli­quer avec un bon papier tim­bré, un huis­sier ou un pro­cès. Hélas ! le mal­heur était que la pauvre femme de charge en eût vou­lu décou­vrir une autre meilleure encore qui ren­dît à cha­cun le sien sans cher­cher noise à per­sonne. « Atta­quer ces gens-là, Sei­gneur ! » Par­fois elle n’en dor­mait pas.

Mais Madame, elle, dor­mait bien. Dor­mant de nuit, som­no­lant de jour, elle n’a­vait pas enten­du arri­ver la dif­fi­cul­té des temps ni dimi­nuer sa vieille aisance quand, à la fin, le char­bon, le sucre et tout ayant trop et trop aug­men­té, Char­lette était venue lui dire, rouge et embar­ras­sée comme une cou­pable :

— Madame, il fau­drait réduire la dépense.

— Oui ! oui ! avait répon­du Madame, rédui­sez, ma bonne Char­lette. Faites pour le mieux, ma fille, j’ai confiance en vous.

— Alors, Madame, nous pour­rions… le pou­let du dimanche… Le pou­let vaut en ce moment quinze francs la livre ! 1

— Mon pou­let ! Vous vou­lez m’ô­ter mon pou­let ! Va-t-on me pri­ver de tout à tout âge ! J’ai déjà sup­pri­mé les voyages, la toi­lette… Arran­gez-vous autre­ment, ma bonne Char­lette. Rédui­sez tant que vous vou­drez pour­vu qu’il ne me manque rien.

Oui, la vie était dif­fi­cile…

Si dif­fi­cile que, ce soir, Noël était arri­vé, qu’il serait tan­tôt minuit et qu’elle, Char­lette, n’a­vait pas encore eu le temps de pré­pa­rer ses prières.

Elle cher­cha son vieux livre de can­tiques et vou­lut chan­ter un air pieux pour rame­ner à la reli­gion toutes ses pen­sées. Mais les pen­sées ne se lais­sèrent pas faire et pen­dant qu’elle com­men­çait : « Venez, divin Mes­sie », elles cou­rurent à toute vitesse de leur côté :

« Venez, divin Mes­sie… — Com­ment régle­rai-je, le trente, notre vieille note de char­bon ?… — Sau­vez nos jours infor­tu­nés… — Il fau­drait bien que Gau­det vînt payer son terme… — Venez, source de vie… — S’il allait ne pas venir ?… — Venez… — Il ne vien­dra pas… que vais-je faire ?… Venez… — Emprun­ter à Me Pau­pître ?… — Venez !… — Il est en voyage… Revien­dra-t-il à temps ?… J’i­rai le trou­ver demain… Non ! pas demain, c’est Noël… Noël ! Ah ! qu’est-ce que je fais ! C’est l’Argent que j’ap­pelle. O mon Dieu, je ne peux plus prier ! »

Quoi d’é­ton­nant à cela ? Toutes les fois ou presque, cette année, qu’une prière s’é­tait pré­sen­tée à la porte du cœur, une besogne plus pres­sée qu’elle avait pris sa place. À la fin, lasses d’at­tendre dehors, les prières étaient par­ties, les cierges du cœur étaient tous éteints et il n’y avait plus moyen d’y célé­brer une grande fête.

Ah ! elle le voyait bien ce soir, l’Argent lui avait por­té mal­heur. Elle avait trop long­temps char­gé sur son dos l’a­voir pesant et mena­cé d’une vieille dame endor­mie. Il s’é­tait accro­ché à elle et elle s’é­tait appli­quée à rem­plir de son mieux tous ses devoirs envers lui. À lui, elle s’é­tait dévouée ; pour lui, elle avait mar­ché, tri­mé, veillé. À la fin, elle n’en pou­vait plus.

Et la fatigue n’eût rien été si lui, l’Argent, ce mau­vais être, ne l’a­vait livrée à ses diables, à ces chiffres grif­fus, cro­chus, qui ne l’a­vaient plus jamais lâchée et lui avaient si bien ron­gé et sucé le cœur qu’il ne res­tait plus dedans une seule goutte de grâce.

Nul ne peut ser­vir deux maîtres.

Elle avait ser­vi l’Argent.

Et sa seule excuse était que c’é­tait l’Argent d’au­trui.

* * *

C’est alors qu’elle enten­dit sur la route un accor­déon et des flû­tiaux.

C’é­tait le cor­tège de Noël qui s’en allait à la crèche
.

conte de Noël Chamea11


D’a­bord venaient les ber­gers qui jouaient de la musique et les enfants qui agi­taient des son­nettes. Et, tout le long du che­min, les gens sor­taient de leurs mai­sons pour se joindre à eux avec leurs cadeaux. Les ber­gers por­taient un agneau ; la fer­mière, des œufs, des fro­mages ; le vigne­ron, des bou­teilles de vin ; la sage-femme, un chou ; le bou­lan­ger, une galette ; l’é­pi­cière, des chan­delles. Et, de loin, arri­vaient les Mages avec leur étoile et leur suite.

« Ah ! son­gea Char­lette, l’an der­nier, je por­tais une belle potée de roses de Noël. Elles étaient sor­ties juste à temps de la terre noire comme de petites lumières blanches pour éclai­rer le ber­ceau de l’En­fant Jésus. »

Mais, cette année, elle n’a­vait pas pris le temps de les arro­ser et aucune fleur n’a­vait fleu­ri. « Com­ment me pré­sen­te­rai-je, ce soir, à la crèche ? Mes mains sont vides. Même les ani­maux sont meilleurs que moi. Ce gros bœuf de peu d’es­prit a quit­té à temps la char­rue pour aller veiller l’En­fant cette nui­tée. »

— Char­lette !

Madame avait besoin d’elle. Elle cou­rut… revint…

Main­te­nant, le cor­tège de Noël était pas­sé. On n’a­per­ce­vait plus au der­nier détour du che­min que trois grosses ombres : les trois majes­tueux der­rières de trois élé­phants qui len­te­ment se dépla­çaient et dis­pa­rurent à l’ho­ri­zon.

Trop tard pour aller à la crèche. Trop tard…

Comme elle allait fer­mer la fenêtre, sou­dain, juste sous la lune, à l’ex­tré­mi­té du pays, elle vit venir une autre bête.

C’é­tait un cha­meau de la suite des Mages qui avait per­du le cor­tège et s’é­tait mis en retard. Avec ses deux bosses pelées, son vieux dos râpé, ses poils pen­dants, ses genoux cal­leux, ses longues jambes maigres et l’a­mon­cel­le­ment de far­deaux — outres, sacs, coffres, bal­lots — qui lui rom­pait le col sans qu’il pût redres­ser la tête, il avait l’air si pauvre bête, si misé­rable, si acca­blé, que la femme de charge en eut com­pas­sion et lui deman­da :

— Où vas-tu ?

— À Beth­léem. Je ne sais pas si j’ar­ri­ve­rai. Ils m’ont trop char­gé, cette année, et j’ai dû faire un grand détour. Je n’ai pas pu pas­ser par le trou de l’Ai­guille.

— Moi non plus, dit la femme de charge.

Le cha­meau pen­cha la tête de côté et la regar­da curieu­se­ment de ses gros yeux jaunes et obliques de mou­ton bonasse :

— Je te pren­drais bien sur mon dos mais, tu vois, il n’y a plus des­sus une seule petite place. Viens, nous irons de com­pa­gnie. Je ne sais pas si nous arri­ve­rons, mais il faut tou­jours essayer. Que portes-tu de beau là-bas ?

— Rien.

— C’est comme moi. Je n’ai que ma charge. Emporte la tienne aus­si. D’a­bord, on ne peut pas faire autre­ment et puis elles ser­vi­ront peut-être. Les charges, depuis que j’en porte, ont tou­jours ser­vi à quelque chose.

Alors la femme de charge fit un grand effort et char­gea sur ses épaules tous ses embar­ras, ses comptes et ses cal­culs de l’an­née, ses addi­tions, ses sous­trac­tions, et les recettes, et les dépenses, et Madame, et les trois mai­sons, et les ouvriers, et les loca­taires et toutes les lois bonnes ou mau­vaises du pays…

— Vois-tu, dit le cha­meau, nous n’ar­ri­ve­rons peut-être pas jus­qu’à la mai­son de Dieu, mais un pas est tou­jours un pas. Il faut au moins faire preuve de bonne volon­té.

* * *

Quand ils arri­vèrent à l’é­table, la grande fête de la nuit était finie. (Les fêtes finissent tou­jours par finir.) Après avoir bien ado­ré, bien joué de la musique, bien chan­té, les ber­gers s’en étaient allés rejoindre leurs trou­peaux, les gens du vil­lage étaient ren­trés chez eux, les Mages se repo­saient sous leur tente et l’É­toile était cou­chée.

Le cha­meau allon­gea le cou vers une petite lucarne et regar­da dans la chau­mine. Là-dedans aus­si tout le monde dor­mait, le petit enfant dans la crèche, l’homme, la femme, le bœuf et l’âne. Le cha­meau regar­da long-temps et reti­ra mal­adroi­te­ment sa grosse tête de la lucarne.

— Qui est là ? cria saint Joseph.

— Le cha­meau, dit la bête de somme.

— Le cha­meau, dit la femme de charge.

Et voi­ci que de l’ombre une voix mon­ta, si haute, si pure, qu’elle vous enle­vait le cœur au ciel :

— Entrez, vous qui êtes char­gés…

Mais ils ne purent pas entrer car la porte était trop basse. Alors, sur le seuil du logis, le cha­meau plia ses longues jambes, pen­cha de côté son grand corps, s’a­ge­nouilla d’un mou­ve­ment brusque et demeu­ra devant l’En­fant, ne sachant pas d’autre prière.

Et la femme de charge, à genoux aus­si, n’en disait pas davan­tage.

— Bonnes gens, reprit la voix céleste, qu’ap­por­tez-vous à mon Enfant ?

— Rien, dit le cha­meau, des bagages. Tout ce dont les hommes ont besoin en route, des vivres, des cou­ver­tures, des mar­chan­dises, des tré­sors, les utiles, les inutiles… Et nous ne pou­vons même pas vous les don­ner. Ils ne sont pas à nous. Nous ne fai­sons que les por­ter. Le dos nous fait mal. C’est lourd.

— Très lourd, dit la femme de charge.

— Ah ! mur­mu­ra la Sainte Vierge, mon petit Enfant que voi­ci est venu pour por­ter, un jour, un faix bien plus lourd encore.

Mais la femme de charge pleu­ra.

— O Sainte Mère, son faix à lui sera la volon­té de Dieu. Tan­dis que moi, qu’ai-je por­té ? Du bien-être de vieille dame, des besoins de mai­sons, des aises de loca­taires, des exi­gences de lois, des peines et des devoirs d’argent. C’est lui, l’autre maître, et pas Dieu, qui m’a tel­le­ment acca­blée et ma charge n’est que vaine pru­dence et ava­rice d’homme.

La voix de la Sainte Vierge trem­bla un peu :

— Mon petit Enfant que voi­ci est venu pour être écra­sé sous le poids des péchés du monde.

Une larme qu’elle avait dans les yeux tom­ba sur le dos du cha­meau. Aus­si­tôt il sen­tit sa charge qui se déta­chait, s’é­le­vait de lui et mon­tait, légère, flot­tait comme un nuage gon­flé de ciel der­rière lequel est caché le para­dis des anges. Et la femme de charge enten­dit une gaie petite chan­son qui accou­rait de son enfance et se mit à chan­ter dans son cœur pauvre :

Le petit Jésus s’en va-t‑à l’é­cole
En por­tant sa croix…

Por­ter chan­tait comme une chan­son, por­ter était beau comme une prière, por­ter était deve­nu tout dou­ce­ment une besogne de Dieu.

— Char­lette !…

— Ho ! hu ! ho !

— Char­lette !…

— On m’ap­pelle, dit la femme de charge.

— On a besoin de moi, dit le cha­meau.

Et, sur le che­min du retour, il se prit à gam­ba­der avec ses longues jambes et fit entendre un drôle de petit rire che­vro­tant de cha­meau dont toutes les bêtes de la route furent éton­nées. La femme de charge riait aus­si et d’un bond sau­ta le fos­sé comme une petite fille toute fraîche.

Ils venaient de pas­ser par le trou de l’Ai­guille
.


conte de Noël Noel-d10

Marie Noël
Contes, Édi­tions Stock, 1949
Illus­tra­tions de Michel Gour­lier
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MessageSujet: Re: conte de Noël   conte de Noël EmptyMer 4 Déc - 0:12

conte de Noël Tour-d10



La construction de la tour de Babel

Auteur : Hunermann, Père Guillaume.


S’il te plaît, grand-mère, vou­drais-tu me faire réci­ter l’His­toire Sainte ? » deman­da le petit Joseph à la vieille pay­sanne de la ferme des Tilleuls, assise près de la che­mi­née et qui fai­sait glis­ser les grains de son cha­pe­let entre ses doigts.

« Attends que j’aie fini », répon­dit-elle, en com­men­çant la der­nière dizaine des mys­tères glo­rieux.



« Mais tu n’au­ras qu’à conti­nuer de prier après », dit le petit avec une moue de mécon­ten­te­ment. Mais grand-mère ne répon­dit point. Ses pen­sées sui­vaient la Vierge au ciel, où le Père Éter­nel la parait de la cou­ronne de toute magni­fi­cence.

« Je peux te faire réci­ter, moi », pro­po­sa Louis, qua­torze ans, qui fré­quen­tait le lycée de la ville. « Viens, donne-moi ton His­toire Sainte. »

« Soit ! » répli­qua Joseph, et il ten­dit le livre à son frère. Et il com­men­ça à réci­ter sa leçon.

« La construc­tion de Babel. L’hu­ma­ni­té entière par­lait la même langue. Mais s’a­ven­tu­rant vers l’est, les hommes décou­vrirent une plaine dans le pays de Senaar et y plan­tèrent leurs tentes. Et ils se dirent : Fai­sons des tuiles et cui­sons-les. Et la tuile leur ser­vit de pierre de construc­tion et l’as­phalte de béton. Et ils dirent : Construi­sons-nous une ville et une tour dont la pointe atteigne le ciel. Ain­si, nous nous crée­rons un nom avant de nous dis­per­ser par toute la terre. »

« Eh bien ! ils auraient mieux fait de res­ter tran­quilles », gro­gna Louis en jetant un regard furi­bond sur son livre de latin posé sur la table.

« Mais laisse-moi donc réci­ter et ne me fais pas perdre le fil », gro­gna Joseph et il conti­nua à réci­ter :

« Et le Sei­gneur des­cen­dit voir la ville et la tour que les enfants d’A­dam construi­saient. Et il dit : « C’est un seul peuple et il parle une même langue. Nous allons embrouiller leur langue, afin qu’ils ne se com­prennent plus les uns les autres. »

« C’est ce qui fit notre mal­heur », gro­gna Louis en frap­pant vio­lem­ment sur le livre de latin. « Si les maçons, à ce moment-là, avaient fait grève, je ne serais pas obli­gé, main­te­nant, de me bour­rer le crâne de tous ces mots étranges. Ils auraient bien pu trou­ver autre chose pour se faire un nom. »

« Qu’est-ce que cela signi­fie, au juste, se faire un nom ? » deman­da Joseph.

« Allons donc ! Tout le monde com­prend cela », expli­qua l’aî­né. « Der­niè­re­ment il y avait une troupe de sal­tim­banques dans notre vil­lage, tu t’en sou­viens ? Et ils avaient col­lé des affiches, sur les­quelles se trou­vaient les noms de tous les artistes ; les uns étaient ins­crits en petits carac­tères, d’autres en grands, le nom de l’homme qui fai­sait des acro­ba­ties sur un mât de qua­rante mètres de haut, eh bien ! celui-là avait son nom en lettres géantes sur la pan­carte. Te voi­là ren­sei­gné. »

« J’ai­me­rais bien que mon nom figure un jour sur une affiche comme ça », sou­pi­ra Joseph. « Mais je ne sau­rais pas me tenir sur la tête au bout d’un si grand mât. »


« Mais tu pour­rais essayer autre chose pour te faire un nom », pro­po­sa Louis. « Moi, par exemple, je serai cou­reur auto­mo­bi­liste. Et je pren­drai les virages à la corde, à cent à l’heure sur la piste de Nurem­berg, dans un fra­cas de ton­nerre. Ce sera sen­sa­tion­nel. Et on ver­ra mon nom en lettres géantes dans tous les jour­naux. »

« Allons donc ! Ce n’est pas pos­sible sur les pages d’un jour­nal. »

« Tant pis », dit Louis. « Peut-être serai-je aus­si cham­pion du monde de boxe, caté­go­rie poids-lourd. Quand j’au­rai mis tous les boxeurs euro­péens k.o., je par­ti­rai en Amé­rique pour conqué­rir le titre de cham­pion du monde. Tu ver­ras comme je devien­drai célèbre. Ils me nom­me­ront « Louis aux muscles de fer ». Et les jour­na­listes m’in­ter­vie­we­ront pour me deman­der ce que je prends pour mon petit déjeu­ner, quelle est la marque de mon den­ti­frice, et tout cela ils l’é­cri­ront dans leurs jour­naux. »

« Mais moi aus­si, je veux avoir un nom, lorsque je serai grand », assu­ra Joseph. « Peut-être devien­drai-je géné­ral ou pape, ou bien pilote d’un mono­rail Alweg. Et je serai encore bien plus célèbre que toi. »

« Oui, mais si plus tard je par­cours la jungle et que j’at­trape des lions et des tigres, je serai bien plus célèbre encore. Parce qu’a­lors, je paraî­trai dans les plus grands cirques du monde comme domp­teur, vois-tu ? Et alors, au seul cla­que­ment de mon fouet, les lions bon­di­ront par-des­sus ma tête ou feront de la bicy­clette et je leur don­ne­rai un petit pain pour les récom­pen­ser d’a­voir bien tra­vaillé. »

« Et moi, et moi ! » dit Joseph en bégayant d’ex­ci­ta­tion. Mais vrai­ment, il ne trou­vait pas, pour l’ins­tant, ce qui pou­vait être plus célèbre qu’un domp­teur. Et il se fâcha et s’é­cria : « En tous les cas, je serai cent fois plus célèbre que toi, et si je deviens vrai­ment pape, tu devras bai­ser mes mules ! »

« Vous n’a­vez pas bien­tôt fini ? » s’ex­cla­ma la fer­mière des Tilleuls, qui venait d’a­che­ver ses prières. « Vous êtes bien comme les construc­teurs de la tour de Babel. Et vous auriez aus­si bien méri­té la puni­tion de Dieu. Ne voyez-vous donc point que toute la misère du monde découle uni­que­ment du fait que les hommes veulent se faire un nom au lieu de pen­ser d’a­bord à celui de Dieu ? C’est pour­quoi il y a eu tant de guerres, c’est pour­quoi votre père est tom­bé en Rus­sie, c’est pour­quoi des mil­lions et des mil­lions d’hommes sont morts et que la famine et la mala­die affligent l’hu­ma­ni­té. »

« Oui, mais je ne ferai mou­rir per­sonne si je deviens pape ou pilote », se défen­dit Joseph.

« Et si moi je deviens boxeur ou cou­reur ou domp­teur, per­sonne ne mour­ra de faim pour autant », gro­gna Louis.

« Ce n’est pas du tout cela qui importe », répli­qua la grand-mère en sou­riant. « Et, de plus, tu feras pro­ba­ble­ment bien autre chose, peut-être seras-tu employé des postes ou gref­fier, et quand tu auras vingt-cinq ans de ser­vice, ton nom figu­re­ra une seule fois dans le jour­nal. Mais tout cela est sans impor­tance. L’es­sen­tiel, c’est que vous rem­plis­siez fidè­le­ment votre devoir, alors tout ira bien et votre vie sera agréable à Dieu. Mais c’est l’am­bi­tion de se faire un nom qui apporte le mal­heur dans le monde. Il n’existe qu’un seul nom que nous devons magni­fier, et c’est le nom de Dieu. Si tous les hommes y aspi­raient, le monde rede­vien­drait bien­tôt un para­dis. Je vais vous racon­ter à pré­sent l’his­toire d’un petit gar­çon qui vou­lait éga­le­ment se faire un nom. »

« Chic, grand-mère, raconte », s’é­crièrent les gar­çons et, impa­tients, ils rap­pro­chèrent leurs tabou­rets de la vieille fer­mière.

« Bien. Donc », com­men­ça l’aïeule, « il y avait un petit gar­çon qui habi­tait un châ­teau fort en Espagne et qui s’ap­pe­lait Fran­çois Xavier. Lors­qu’il eut atteint sa onzième année, il y eut une guerre parce que, une fois de plus, des rois vou­laient se faire un nom. Et le châ­teau fort fut détruit de fond en comble. On fit sau­ter toutes les murailles et toutes les tours et le père de Fran­çois Xavier devint très pauvre. En voyant comme le beau châ­teau était détruit, le petit gar­çon ser­ra les poings et pié­ti­na de colère.

« J’au­rais fait de même », gro­gna Louis.

« Laisse donc grand-mère racon­ter », reprit le cadet.

« Et Fran­çois Xavier se ren­dit à la cha­pelle du châ­teau qui, seule, était res­tée intacte, se pla­ça devant le cru­ci­fix et s’é­cria : « Écou­tez-moi bien, Sei­gneur ! Je vais faire en sorte de recons­truire le châ­teau et mon nom devien­dra si grand que per­sonne ne pour­ra jamais l’ou­blier. »

Dix ans plus tard, il vint à Paris pour par­faire ses études à l’u­ni­ver­si­té, car il vou­lait deve­nir un homme célèbre.

« Et l’est-il deve­nu ? » deman­da Louis.

« Écou­tez bien ! Fran­çois Xavier ren­con­tra à Paris un com­pa­triote, qui avait été un brillant offi­cier jus­qu’au jour où, en défen­dant une ville, un bou­let de canon lui arra­cha une jambe. L’homme s’ap­pe­lait Ignace et était un grand saint. Par la suite, il eut sou­vent des conver­sa­tions avec Xavier, et il lui expli­qua clai­re­ment l’ab­sur­di­té de vou­loir se faire un nom, car il n’y avait qu’un nom qu’on avait le droit de magni­fier, et ce nom, c’é­tait celui de Dieu. Fran­çois Xavier se mit alors à réflé­chir sur la ques­tion et com­prit qu’I­gnace avait rai­son. Plus tard, il devint mis­sion­naire, voya­gea jus­qu’aux Indes et au Japon, pro­cla­mant par­tout le nom de Dieu. Des cen­taines de mille se conver­tirent. Mais Fran­çois Xavier mou­rut sur une petite île soli­taire près de la côte chi­noise, heu­reux d’a­voir pu prê­cher le nom de Dieu à tous les hommes. »

Saint François Xavier a travaillé à la gloire de Dieu

« Mais il n’a pas tenu son ser­ment, alors », dit Joseph, après un ins­tant de réflexion.

« Il l’a tenu. Bien qu’il n’ait pas recons­truit le châ­teau de son père. En com­pen­sa­tion, il a recons­truit le royaume de Dieu dans le vaste monde, et, si plus tard, il oublia com­plè­te­ment de se faire un nom et mou­rut, délais­sé, dans une misé­rable hutte, il est tout de même deve­nu un homme célèbre et tous les chré­tiens pro­noncent son nom avec le plus grand res­pect. En effet, le petit gar­çon espa­gnol est deve­nu le grand saint Fran­çois Xavier. »

Lorsque la grand-mère eut ache­vé son récit, les deux gar­çons se turent. Ils avaient com­pris la bêtise de vou­loir se faire un nom, et que le seul devoir était de recher­cher l’hon­neur de Dieu.

« Moi aus­si, je serai mis­sion­naire », dit Louis, enfin.

« Et moi, un saint », affir­ma Joseph.

« Même si vous ne le deve­nez pas », répon­dit la vieille femme, dans un sou­rire, « vous pour­rez quand même hono­rer le nom de Dieu. Lorsque vous appre­nez votre leçon, que ce soit l’his­toire de la tour de Babel ou des mots latins, et que cela vous est par­ti­cu­liè­re­ment pénible parce qu’au-dehors le soleil brille et qu’une par­tie de foot bail sem­ble­rait mer­veilleuse, alors dites bien dou­ce­ment : pour la gloire de Dieu ! et faites votre devoir. Ain­si vous loue­rez Dieu et accom­pli­rez ce qui est juste et tout sera bien, et il en sera ain­si tout au long de la vie. Et quand tous les hommes feront leur devoir pour l’a­mour de Dieu, le bon­heur revien­dra sur notre pauvre terre. Et main­te­nant, nous allons prier très pieu­se­ment le Notre-Père et deman­der à Dieu de vous accor­der de deve­nir un jour des hommes braves et actifs, qui feront le bien pour sa plus grande gloire. »

Les gar­çons joi­gnirent res­pec­tueu­se­ment les mains, et la grand-mère com­men­ça la prière. Lors­qu’elle par­vint à la pre­mière demande, elle pro­non­ça d’une voix par­ti­cu­liè­re­ment émou­vante : « Que votre nom soit sanc­ti­fié !
»


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MessageSujet: Re: conte de Noël   conte de Noël EmptyMer 4 Déc - 20:42

Le vieux cordonnier

conte de Noël Le-vie10


Un soir de noël, un vieux cor­don­nier se repo­sa dans son petit maga­sin en lisant : « La visite des hommes sages à l’Enfant Jésus. » À la lec­ture des cadeaux que les ber­gers et les rois mages appor­tèrent à la crèche, il se dit : « Si demain était le pre­mier Noël, et si Jésus devait être né ce soir dans cette ville, je sais ce que je lui don­ne­rais ! »

Il se leva et prit d’une éta­gère deux petites chaus­sures en cuir neige-blanc le plus mou, avec des boucles argen­tées lumi­neuses qu’il venait de finir : « Je lui don­ne­rais cela, mon tra­vail le plus fin. Que sa mère sera heu­reuse ! Mais je suis un vieil homme idiot, pen­sa-t-il avec un sou­rire. Le Maître n’a aucun besoin de mes pauvres cadeaux. »

Remet­tant les mignonnes chaus­sures à leur place, il souf­fla la bou­gie, et alla se repo­ser. Il fer­ma ses yeux, quand il enten­dit une voix qui appe­lait son nom. « Mar­tin ! » Intui­ti­ve­ment, il recon­nut cette voix. « Mar­tin, tu as envie de Me voir. Demain je pas­se­rai devant ta fenêtre. Si tu me vois, offre-moi ton hos­pi­ta­li­té : je serai ton invi­té et m’assiérai à ta table. »




Il ne dor­mit pas cette nuit-là à cause de la joie qu’il éprou­va. Bien avant l’aube, il se leva et ran­gea son petit maga­sin. Il net­toya et cira le par­quet, il tres­sa branches de sapin vert pour en déco­rer les poutres de sa mai­son. Il pré­pa­ra un fin gâteau, un pot de miel, un pichet de lait frais sur la table et, au-des­sus du feu, il accro­cha un pot de café.

Quand tout fut fin prêt, il se mit à la fenêtre pour être sur de voir Jésus dès qu’Il s’ap­pro­che­rait de sa demeure. Il était sûr qu’il recon­naî­trait le Maître.

En obser­vant le ver­glas et la pluie dans le froid, la rue aban­don­née, il pen­sa à la joie qu’il aura quand il sera assis et man­ge­ra le pain avec son Invi­té divin
.


conte de Noël Boutiq10


Il aper­çut un vieux balayeur qui pas­sa près de là, souf­flant sur sa main mince pour les chauf­fer. « Pauvre homme ! Il doit être à moi­tié gelé » pen­sa Mar­tin. Ouvrant la porte, il lui dit « Entre, mon ami, et chauffe-toi, et boit une tasse de café chaud. » L’homme tran­si accep­ta l’invitation avec recon­nais­sance.

Une heure pas­sa, et Mar­tin vit une femme pauvre, vêtue tris­te­ment et por­tant un bébé. Elle fit une pause, d’un air fati­gué, pour se repo­ser dans l’abri de sa porte. Rapi­de­ment il ouvra sa porte : « Entrez et chauf­fez-vous, repo­sez-vous. Vous ne vous sen­tez pas bien ? » lui deman­da-t-il. « Je vais à l’hôpital. J’espère qu’ils me accep­te­ront, mon bébé et moi, expli­qua-t-elle. Mon mari est en mer, et je suis malade, sans une âme à qui deman­der de l’aide. »

« Pauvre enfant ! pleu­ra le vieil homme. Mange quelque chose et réchauffe-toi. Je vais don­ner une tasse de lait au petit. Ah ! Quel joli enfant ! Pour­quoi n’a‑t-il aucune chaus­sure sur lui ! »

« Je n’ai aucune chaus­sure pour lui, » sou­pi­ra la mère.

chaussures-de-noel pour bebe jesus« Alors il aura cette belle paire que j’ai finie hier. » Et, avec un léger pin­ce­ment de cœur, Mar­tin prit les chaus­sures molles, petites, neiges blanches qu’il avait regar­dé la soi­rée aupa­ra­vant et qu’il réser­vait pour le Divin visi­teur qu’il atten­dait. Cepen­dant il les glis­sa sur les pieds de l’enfant. Elles lui allaient par­fai­te­ment. Et la jeune mère s’en alla, pleine de gra­ti­tude, Mar­tin retour­na à son poste, près de la fenêtre.

Les heures s’écoulèrent et encore d’autres per­sonnes dans le besoin par­ta­gèrent l’hospitalité du vieux cor­don­nier, mais l’Invité tant atten­du n’apparut pas.

Quand la nuit tom­ba, Mar­tin se reti­ra dans son lit avec un cœur lourd. « C’était seule­ment un rêve, sou­pi­ra-t-il. J’ai espé­ré et ai cru, mais il n’est pas venu ».

Tout à coup, la salle fut inon­dée par une nuée lumi­neuse : et le cor­don­nier vit le balayeur, la mère malade et son bébé, et toutes les per­sonnes qu’il avait aidées pen­dant la jour­née. Cha­cun lui sou­rit et dit : « Ne m’avez-vous pas vu ? Ne me suis-je pas assis à votre table ? » et dis­pa­rut.

Alors dou­ce­ment dans le silence, il enten­dit encore la voix douce, répé­tant les vieux mots fami­liers : « Qui­conque reçoit en mon nom un de ces petits-enfants me reçois moi-même ; et qui­conque me reçoit non pas moi, mais celui qui m’a envoyé… Car j’ai eu faim, et vous m’avez don­né à man­ger ; j’ai eu soif, et vous m’avez don­né à boire, j’étais étran­ger, et vous m’avez recueilli. »

« Je vous le dis en véri­té, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ce plus petit de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites.
»


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MessageSujet: Re: conte de Noël   conte de Noël EmptyVen 25 Déc - 3:02

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